fr CULTUREFRANCAIS «DOULEUR ET GLOIRE» : ALMODÓVAR EN SES MIROIRS by admin 19 May، 2019 written by admin 19 May، 2019 641 Antonio Banderas, dans «Douleur et Gloire», de Pedro Almodovar. Photo Pathé CANNES 2019 Par Elisabeth Franck-Dumas/Liberation L’Espagnol revient avec un beau film autobiographique mais sans narcissisme, sur le retour à la vie d’un cinéaste en panne d’inspiration et de désir. Un homme d’âge mûr, entre deux eaux. Voilà le programme de Douleur et Gloire. Il est annoncé dès le premier plan du film de Pedro Almodóvar : Salvador, cinéaste fameux en panne d’inspiration, lévite dans une piscine. Les deux eaux qui l’entourent pourraient s’appeler douleur et gloire, ou passé et présent, ou comédie et drame. Il n’y a pas à choisir : tout marche avec tout, dans ce grand bordel qu’est la vie, tout comme jadis, dans le cinéma de son enfance, l’odeur de la pisse se mêlait à celle du jasmin. Mais Douleur et Gloire n’est pas la cathédrale baroque et hystérique qu’on pourrait attendre d’un film avec un tel titre, d’un tel cinéaste. Non, si Pedro Almodóvar n’a pas eu peur de se frotter ici aux grands totems, la vie et l’œuvre, le désir et la création, la réalité et la fiction, il l’a fait avec un calme et une évidence qui ont quelque chose de stupéfiant, faisant de ce film l’un de ses meilleurs, et de ses plus autobiographiques. Névroses Douleur et Gloire décrit le retour à la vie d’un homme à qui Antonio Banderas prête ses traits, et Almodóvar ses névroses (autant que ses habits). Mais qu’on se rassure encore : il n’a rien de narcissique ni de complaisant. Il est, plutôt, d’une humanité telle qu’il ménage à chaque rôle, du médecin se penchant sur la kyrielle de maux dont est atteint Salvador (migraines, lombalgies, acouphène, dépression, addiction…) jusqu’à sa mère mourante lui assénant sans aigreur quelques terribles reproches, une épaisseur et une dignité auxquels les comédiens, tous exceptionnels, donnent magnifiquement corps. Lorsqu’on rencontre Salvador, il est dans cet état quasi catatonique où l’ont plongé la mort de sa mère et une opération du dos. C’est un de ses vieux films au titre programmatique, Sabor, présenté à la Cinémathèque de Madrid, qui va le remettre sur le chemin de la vie, chemin dont les diverses stations n’auront rien de catholique : découverte de l’héroïne, qui s’avérera machine à ressouvenir, retrouvailles avec un comédien jadis détesté, puis avec un amant adoré (l’occasion d’un magnifique baiser de retrouvailles et d’adieux) et, enfin, remémoration du tout «premier désir», enfoui, dont le surgissement va permettre à Salvador de reprendre pied. Des scènes de jeunesse ponctuent ces embardées, et elles ont dès le départ la saveur idéale de l’enfance – la jeune mère a les traits de Penélope Cruz, qui elle-même ressemble à Sophia Loren, et le lavage du linge au bord de la rivière est l’occasion d’une superbe scène de chant qui s’affiche d’emblée comme moment de cinéma. Drogue et baisers La remémoration n’est autre que le premier moment de la création, et il ne s’agira pas ici de démêler réalité et fiction – qu’importe ce qui vient de la vie du cinéaste, meubles, tableaux, vêtements, chevelure, et ce qu’il a inventé, le plus intéressant se trouve toujours à la croisée des deux. Par exemple : cette incroyable maison troglodyte où l’enfant habite avec ses parents. Elle signifie que l’enfance est un territoire souterrain et légendaire, et ses murs lumineux sont de chaux, blancs comme des écrans de cinéma. Ils seront le creuset de projections enfantines, et la boucle se bouclera gracieusement jusqu’à l’écran vide des films à venir, écrans blancs comme on dit page blanche, que Salvador, bercé de mots et de manque, s’emploiera à emplir. Dans une série de mises en abyme bouleversantes, ce sera son comédien, Alberto, qui, s’emparant d’un texte de Salvador, viendra se poster devant un autre écran blanc, hissé sur une scène de théâtre, pour dire l’histoire de son ami, avant que Salvador à son tour ne parvienne à l’habiter, cet espace, dans le tout dernier et sublime plan du film. Les souvenirs circulent d’un corps à l’autre, la drogue et les baisers s’échangent, les objets se lèguent, les vérités se disent, avec une générosité redoublée à l’image par l’échange miraculeux opérant entre Banderas et Almodóvar, le comédien donnant vie au cinéaste et complice de toujours sans jamais le singer. C’est ainsi que Douleur et Gloiretouche à l’universel : se livrant à l’archéologie à ciel ouvert d’une conscience, il ne fait rien d’autre que nous enjoindre à faire de même. A l’image de Salvador qui, enfant, apprit à écrire au premier objet de son désir en lui tenant la main, peut-être nous prend-il aux tripes pour nous engager à devenir, nous aussi, les modestes auteurs de nos propres vies. 1,287 comments 0 FacebookTwitterPinterestEmail admin previous post حوار مع أمين معلوف:يقتضي الوضع فورية الوعي بالأخطار المحدقة next post “البوكر”… أو الساعة الرملية والمكوك You may also like المتظاهرون الداعمون للفلسطينيين يخلون مخيمهم في جامعة فيكتوريا 24 July، 2024 La cérémonie d’ouverture des JO diffusée en direct... 24 July، 2024 La fameuse porte flottante du “Titanic” vendue aux... 28 March، 2024 L’Atlas archéologique de la France raconte le passé... 28 March، 2024 Une tempête géomagnétique se dirige vers la Terre... 28 March، 2024 Découvrez les plus belles fresques murales du monde... 28 March، 2024 Israël acceptera-il de libérer Marwan Barghouti 22 March، 2024 La Nouvelle-Écosse interdit les frais de liste d’attente... 23 February، 2024 Infirmières d’agences : des conditions plus attrayantes que dans... 23 February، 2024 Le député libéral Brendan Maguire se joint aux... 23 February، 2024 Leave a Comment Save my name, email, and website in this browser for the next time I comment. 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