CULTUREFRANCAIS DE HUGO ÀPRÉVERT EN PASSANT PAR NERVAL… NOTRE-DAME DES MOTS by admin 30 أبريل، 2019 written by admin 30 أبريل، 2019 1.4K Notre-Dame de Paris, le 3 avril. Photo Philippe Lopez. AFP Par Frédérique Roussel Au lendemain du tragique incendie la cathédrale parisienne, les ventes de Notre-Dame de Paris ont grimpé en flèche ce mardi. La cathédrale de papier hugolienne se classait même numéro 1 sur Amazon. Le sinistre impressionnant a touché un symbole fort, un monument sacré, une présence croyait-on d’éternité. Publié en mars 1831 (1832 pour sa version définitive) et d’abord tiré à 1 500 exemplaires, le roman de Victor Hugo(1802-1885) sur lequel il venait de travailler plus de trois ans a eu un succès immédiat. Il répondait à l’intérêt des contemporains pour le Moyen Age en situant l’histoire de Quasimodo et Esmeralda dans le Paris de 1482 et attirait l’attention sur l’état de l’édifice. L’écrivain va d’ailleurs intègrer en 1835 la Commission des monuments et poussera à sa restauration. Ce passage du livre semble faire écho ce à quoi on a assisté avec sidération lundi : «Tous les yeux s’étaient levés vers le haut de l’église. Ce qu’ils voyaient était extraordinaire. Sur le sommet de la galerie la plus élevée, plus haut que la rosace centrale, il y avait une grande flamme qui montait entre les deux clochers avec des tourbillons d’étincelles, une grande flamme désordonnée et furieuse dont le vent emportait par moments un lambeau dans la fumée.» Les critiques des contemporains de Victor Hugo seront globalement positives sur ce roman, même si la plupart ressentent une forme de préemption littéraire sur le monument. Ainsi Jules Michelet (1798-1874) écrit-il dans son Histoire de France en 1833 : «Je voulais du moins parler de Notre-Dame de Paris. Mais quelqu’un a marqué ce monument d’une telle griffe de lion, que personne désormais ne se hasardera d’y toucher. C’est sa chose désormais, c’est son fief ; c’est le majorat de Quasimodo. Il a bâti, à côté de la vieille cathédrale, une cathédrale de poésie, aussi ferme que les fondements de l’autre, aussi haute que ses tours.» Le critique Sainte-Beuve (1804-1869), dont il était l’ami avant que leur relation ne se refroidisse au début des années 1830, souligne également l’emphase du texte : «Il n’est pas jusqu’à Notre-Dame que Hugo n’ait faite plus grosse et monstrueuse qu’elle n’est à la voir de près et en y supposant la flèche qui manque et pourrait y être, elle a un air d’élégance et de légèreté qu’il n’y a pas vu.» (Cahiers I: le cahier vert (1834-1847). A la même époque que Victor Hugo, le poète Gérard de Nerval (1808-1855) exprime un constat similaire sur la décrépitude de Notre-Dame. Il lui dédie un poème en 1832, Notre-Dame de Paris, publié dans le recueil Odelettes en 1853. Son sens paraît presque prophétique : «Notre-Dame est bien vieille : on la verra peut-être Enterrer cependant Paris qu’elle a vu naître ; Mais, dans quelque mille ans, le Temps fera broncher Comme un loup fait un bœuf, cette carcasse lourde, Tordra ses nerfs de fer, et puis d’une dent sourde Rongera tristement ses vieux os de rocher ! Bien des hommes, de tous les pays de la terre Viendront, pour contempler cette ruine austère, Rêveurs, et relisant le livre de Victor : — Alors ils croiront voir la vieille basilique, Toute ainsi qu’elle était, puissante et magnifique, Se lever devant eux comme l’ombre d’un mort !» Plus tard, c’est Emile Zola (1840-1902) qui relate dans l’Oeuvre (1886), volume de sa série Les Rougon-Maquart, une promenade dans Paris qui amènent Claude Lantier et Christine, une jeune femme qu’il vient de rencontrer, près de la cathédrale. Le narrateur la voit comme un immense animal tapi : «Dans le ciel pâle, des dômes de monument bleuissaient. Comme ils arrivaient au pont Saint-Louis, il dut lui nommer Notre-Dame qu’elle ne reconnaissait, vue ainsi du chevet, colossale et accroupie entre ses arcs-boutants, pareils à des pattes au repos, dominée par la double tête de ses tours, au-dessus de sa longue échine de monstre.» Louis Aragon (1897-1982) dans le Paysan de Paris chante (1943) évoque son irrésistible attraction : «Qui n’a pas vu le jour se lever sur la Seine Ignore ce que c’est que ce déchirement Quand, prise sur le fait, la nuit qui se dément Se défend se défait les yeux rouges obscène Et Notre-Dame sort des eaux comme un aimant.» Tandis que Jacques Prévert (1900-1977) préfère fredonner à propos du fleuve, libre de couler, ce qui rend Notre-Dame statufiée, envieuse. La Seine a de la chance Elle n’a pas de souci Elle se la coule douce Le jour comme la nuit Et elle sort de sa source Tout doucement, sans bruit… Sans sortir de son lit Et sans se faire de mousse, Elle s’en va vers la mer En passant par Paris. La Seine a de la chance Elle n’a pas de souci Et quand elle se promène Tout au long de ses quais Avec sa belle robe verte Et ses lumières dorées Notre-Dame jalouse, Immobile et sévère Du haut de toutes ses pierres La regarde de travers Mais la Seine s’en balance Elle n’a pas de souci Elle se la coule douce Le jour comme la nuit Et s’en va vers le Havre Et s’en va vers la mer En passant comme un rêve Au milieu des mystères Des misères de Paris Le philosophe Walter Benjamin (1892-1940) évoque dans un fragment écrit en 1933 un rêve à propos de Notre-Dame. «En rêve, sur la rive gauche de la Seine, devant Notre-Dame. J’étais là, mais là rien ne ressemblait à Notre-Dame. Seul, par les derniers gradins de sa masse, faisait saillie sur un haut coffrage de bois un édifice de briques. Or j’étais là, subjugué, mais bien devant Notre-Dame. Et ce qui me subjuguait était une nostalgie. Nostalgie justement de ce Paris où je me trouvais en rêve. Pourquoi cette nostalgie? Et pourquoi cette chose déplacée, méconnaissable? — C’est qu’en rêve j’étais venu trop près d’elle. La nostalgie inexaucée qui, au cœur de l’objet désiré, m’avait assailli n’était point celle qui, de loin, appelle l’image. C’était la bienheureuse nostalgie, qui a déjà franchi le seuil de l’image et de la possession et n’a encore savoir que de la force du nom, de ce nom d’où naît la chose aimée, par lequel elle vieillit, rajeunit et, sans image, est l’asile de toute image.» LIBE’RATION 3٬920 comments 0 FacebookTwitterPinterestEmail admin previous post “Kuwaiti concern” about Iran’s threat to close the Strait of Hormuz next post مؤيد الراوي.. ”الحداثة”المنددة بالعواطف والرومانسيات ( بورتريه) You may also like المتظاهرون الداعمون للفلسطينيين يخلون مخيمهم في جامعة فيكتوريا 24 يوليو، 2024 La cérémonie d’ouverture des JO diffusée en direct... 24 يوليو، 2024 La fameuse porte flottante du “Titanic” vendue aux... 28 مارس، 2024 L’Atlas archéologique de la France raconte le passé... 28 مارس، 2024 Une tempête géomagnétique se dirige vers la Terre... 28 مارس، 2024 Découvrez les plus belles fresques murales du monde... 28 مارس، 2024 Israël acceptera-il de libérer Marwan Barghouti 22 مارس، 2024 La Nouvelle-Écosse interdit les frais de liste d’attente... 23 فبراير، 2024 Infirmières d’agences : des conditions plus attrayantes que dans... 23 فبراير، 2024 Le député libéral Brendan Maguire se joint aux... 23 فبراير، 2024 Leave a Comment Save my name, email, and website in this browser for the next time I comment. Δ