FRANCAISLE MONDE Offensive turque : les réfugiés syriens, instrument de chantage d’Erdogan by admin 13 October، 2019 written by admin 13 October، 2019 3.3K L’EXPRESS / Par Catherine Gouëset, L’intervention militaire dans l’enclave kurde de Syrie est justifiée par la volonté d’y installer des réfugiés syriens. Bien peu pourtant souhaitent s’y rendre. L’étau se resserre pour les 3,6 millions de Syriens réfugiés en Turquie. C’est en leur nom, tout du moins en partie, que le président turc Recep Tayyip Erdogan a lancé le 9 octobre une intervention militaire dans le nord est de la Syrie. A elle seule, la Turquie abrite près de deux fois plus de réfugiés syriens que l’ensemble des autres pays de la région. Pendant longtemps, elle a présenté les meilleures conditions d’accueil et d’intégration. Le vent a cependant tourné avec la crise économique et les difficultés politiques du parti au pouvoir, l’AKP du président Recep Tayyip Erdogan, qui a perdu les villes d’Istanbul et d’Ankara au printemps : ils ne sont plus les “invités” des premiers jours. La zone tampon, une vieille idée d’Erdogan Dès le début de l’année, Donald Trump se faisait l’écho via Twitter de l’idée du chef d’Etat turc d’une zone de sécurité le long de la frontière turque en Syrie. Les discussions se sont intensifiées au cours de l’été, mais n’allaient pas assez vite au goût du président turc. Son insistance a fini par porter ses fruits. En début de semaine, il a reçu le feu vert du président américain, sous la forme d’une avalanche de tweets et de déclarations confuses. L’objectif est d’occuper une bande frontalière dans cette région syrienne passée sous contrôle kurde à la faveur de la guerre contre le groupe Etat islamique (EI). Elle devrait s’étendre sur 480 km de long pour 30 de large, depuis l’Euphrate, à l’Ouest, jusqu’aux confins de l’Irak, à l’Est (voir la carte ci-dessous). Ankara veut y reloger des centaines de milliers de réfugiés syriens. Et possiblement jusqu’à trois millions, “si nous étendons cette zone (sécurisée) jusqu’à Raqqa et Deir Ezzor”, plus au sud, dixit le président turc. Turkey's Erdogan wants to send 3M Syrian refugees to a supposed "safe" zone in Syria. It's "safe" now only because the US effectively maintains a no-fly zone which is unlikely to continue and the ground troops are Syrian Kurds whom Erdogan hopes to chase. https://t.co/BZ7VRW5BU6 pic.twitter.com/E406kvB9Pn — Kenneth Roth (@KenRoth) September 28, 2019 A peine lancée, l’opération a jeté sur les routes de l’exode plus de 70 000 civils fuyant l’offensive turque, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH). Et combien de Syriens de Turquie accepteront-ils d’aller s’installer dans cette zone de sécurité ? “Renvoyer contre leur volonté des réfugiés est contraire au droit international”, rappelle Jordi Tejel*, historien à l’Ehess et professeur associé à l’université de Neuchâtel. Qui plus est dans une région dont ils ne sont pas originaires. Des civils fuient la ville de Ras al-Aïn après le début de l’offensive turque en zone kurde, le 9 octobre 2019.Reuters:Rodi Said Le projet ne date pas d’hier. Dès les débuts de la répression du soulèvement en Syrie, fin 2011, la Turquie a lancé l’idée d’une zone tampon dans le nord du pays où les déplacés auraient pu échapper aux bombardements du régime. Mais elle a vite eu un autre objectif : empêcher l’installation durable d’entités autonomes kurdes sous le contrôle des Forces démocratiques syriennes (FDS), armées et entraînées par les Etats-Unis pour combattre l’EI. Erdogan redoutait que l’établissement d’un “Etat kurde” dans le pays voisin ne galvanise les velléités séparatistes des Kurdes sur son propre sol. Avantage supplémentaire aux yeux du dirigeant turc, l’installation de réfugiés en grande majorité arabes sunnites permettrait de diluer la population kurde du secteur. Une pratique récurrente dans la région. Les FDS ont été accusés en leur temps d’avoir expulsé de localités mixtes des habitants arabes soupçonnés d’avoir soutenu les djihadistes. Plusieurs décennies auparavant, “le régime de Hafez-el-Assad avait modifié l’équilibre démographique régional en installant des populations arabes dans des zones kurdes à proximité de la frontière”, rappelle Jordi Tejel. Sur le sol turc, durcissement à l’égard des réfugiés Les réfugiés installés en Turquie ont longtemps bénéficié d’un statut favorable en comparaison à celui des autres pays de la région. Officiellement “invités” par le président turc, qui soutenait le soulèvement contre le président syrien, ils ont bénéficié d’une “carte de protection temporaire”(Kimlik). Elle leur permet de bénéficier de l’accès à la santé et à l’éducation, mais leur impose de résider dans la province où ils sont enregistrés. Or beaucoup ont quitté le sud du pays, où ils s’étaient inscrits, pour tenter leur chance ailleurs, en particulier à Istanbul, la capitale économique. REPORTAGE >> L’exil et le deuil des Syriens à Istanbul Depuis que la spectaculaire croissance des quinze dernières années a cédé la place à la stagnation actuelle, plusieurs formations politiques turques font de la surenchère anti-réfugiés. “L’opposition, d’abord, rejointe ensuite par l’AKP, quand celui-ci s’est allié aux ultranationalistes du MHP, en 2018”, constate Ziad Majed, professeur à l’Université américaine de Paris. Le discours anti-syrien s’est propagé à tout le pays. En juin, des rumeurs ont donné lieu à des incidents à Istanbul, où réside un demi-million de Syriens. Des magasins ont été vandalisés. Les autorités locales ont imposé aux commerçants de “turquiser” leurs enseignes en arabe. Magasins syriens dans le quartier de Kucukcekmece à Istanbul. Juillet 2019. Reuters:Kemal Aslan Dans tout le pays, les autorités elles-mêmes poussent les Syriens à retourner au pays. Au total, près de 350 000 d’entre eux seraient ainsi rentrés, en majorité dans une enclave frontalière constituée lors de précédentes interventions militaires turques, contre des poches kurdes, à l’ouest de l’Euphrate, entre Afrin et Jarablus. De leur plein gré, selon la version officielle. Dans bien des cas, il s’agit pourtant de déplacements forcés, dénoncent les organisations de défense des droits humains. Les forces de l’ordre font notamment la chasse à ceux qui ne disposent pas du kimlik de la région où ils se trouvent. En parallèle, le président turc menace d'”ouvrir les portes”, c’est-à-dire de laisser les réfugiés quitter la Turquie vers des pays européens. Après l’arrivée d’un million de réfugiés en Europe via les Balkans, un accord conclu avec l’UE prévoyait qu’Ankara stoppe la traversée de migrants vers la mer Egée en échange d’une aide de 6 milliards d’euros. En septembre, le ministre de l’Intérieur Süleyman Soylu a redemandé à l’UE de partager le fardeau migratoire. Une requête d’autant plus pressante qu’Ankara redoute une nouvelle vague d’arrivées en provenance de la province syrienne d’Idleb, dans le nord de la Syrie où les bombardements russo-syriens se poursuivent. Quelque 500 000 civils se sont amassés le long de la bordure limitrophe de la Turquie, pour tenter d’échapper aux frappes qui visent autant les cibles civiles que militaires. Dangereux retour en Syrie Le régime de Bachar el-Assad, pour sa part, appelle les Syriens à rentrer au pays. 164 000 d’entre eux l’auraient fait depuis 2016, selon l’ONU, un nombre minime sur les près de 6 millions de personnes à avoir quitté le pays. Rentrer est loin d’être évident dans un pays où les disparitions – plus de 83 000 depuis 2011, selon le Réseau syrien pour les Droits de l’Homme (SNHR) – les détentions et la torture sont légion. Les jeunes hommes sont les moins pressés de revenir, inquiets d’être enrôlés dans les forces armées, ce que confirment les données démographiques du HCR en Turquie. Les hommes en âge de porter les armes sont deux fois plus nombreux que les femmes parmi les réfugiés en Turquie© HCR Enfin, ceux qui sont rentrés témoignent de l’atmosphère de suspicion et de corruption qui règne dans un pays où les milices pullulent et où nombre des déplacés ont tout perdu, notamment en vertu de la “Loi n°10“. Celle-ci, au nom de la “modernisation urbaine”, permet aux autorités d’exproprier des milliers de biens. Huit ans après le début de la guerre, le calvaire des réfugiés syriens n’est pas fini. * Auteur avec Boris James, de Les Kurdes, un peuple sans État, en 100 questions, Tallandier, 384 p., 16,50€. 4,316 comments 0 FacebookTwitterPinterestEmail admin previous post Offensive en Syrie : les forces turques prennent le contrôle d’une ville clé kurde next post “Pourquoi Erdogan nous fait-il ça ?” La détresse d’une mère kurde You may also like المتظاهرون الداعمون للفلسطينيين يخلون مخيمهم في جامعة فيكتوريا 24 July، 2024 La cérémonie d’ouverture des JO diffusée en direct... 24 July، 2024 La fameuse porte flottante du “Titanic” vendue aux... 28 March، 2024 L’Atlas archéologique de la France raconte le passé... 28 March، 2024 Une tempête géomagnétique se dirige vers la Terre... 28 March، 2024 Découvrez les plus belles fresques murales du monde... 28 March، 2024 Israël acceptera-il de libérer Marwan Barghouti 22 March، 2024 La Nouvelle-Écosse interdit les frais de liste d’attente... 23 February، 2024 Infirmières d’agences : des conditions plus attrayantes que dans... 23 February، 2024 Le député libéral Brendan Maguire se joint aux... 23 February، 2024 Leave a Comment Save my name, email, and website in this browser for the next time I comment. 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