LE MONDE – CANADA VOICE https://canadavoice.info Editor-in-Chief: Nabil Elbkaili Thu, 28 Mar 2024 11:04:26 +0000 ar hourly 1 https://wordpress.org/?v=7.1 Une tempête géomagnétique se dirige vers la Terre : faut-il s’en inquiéter https://canadavoice.info/une-tempete-geomagnetique-se-dirige-vers-la-terre-faut-il-sen-inquieter/ Thu, 28 Mar 2024 11:04:26 +0000 https://canadavoice.info/?p=117099 Par Euronews and AP

Cet article a été initialement publié en anglais

Les experts s’attendent à ce qu’une tempête géomagnétique d’origine solaire atteigne la Terre lundi, provoquant des interférences radio et l’apparition d’aurores boréales.

Une importante tempête géomagnétique pourrait perturber les communications radio sur Terre lundi, ont averti les météorologues de l’espace après avoir repéré une explosion de plasma provenant d’une éruption à la surface du Soleil.

Le phénomène devrait également entraîner l’apparition de superbes aurores boréales dans le ciel terrestre.

Le public n’a aucune raison de s’inquiéter, selon le communiqué émis samedi par le centre de prévision météorologique spatiale de l’administration nationale américaine des océans et de l’atmosphère (NOAA) à Boulder, dans le Colorado.

La tempête pourrait interrompre les transmissions radio à haute fréquence, notamment celles des avions qui tentent de communiquer avec les tours de contrôle.

La plupart des avions commerciaux peuvent utiliser les transmissions par satellite comme solution de secours, rassure Jonathan Lash, prévisionniste au centre.

L’activité solaire à son maximum

Les opérateurs de satellites auront des difficultés à suivre leurs engins spatiaux, et les réseaux électriques pourraient voir apparaître un “courant induit” dans leurs lignes, mais cela n’est pas inquiétant, selon Jonathan Lash.

“Pour le grand public, si le ciel est dégagé la nuit, ce sera une excellente occasion de voir le ciel s’illuminer, particulièrement dans les latitudes élevées”, ajoute-t-il.

Tous les 11 ans, le champ magnétique du soleil s’inverse, c’est-à-dire que ses pôles nord et sud changent de position.

L’activité solaire change au cours de ce cycle. Elle est actuellement proche de son niveau maximal, appelé “maximum solaire”.

Durant cette période, des tempêtes géomagnétiques du type de celle qui s’est produite dimanche peuvent frapper la Terre plusieurs fois par an, explique Jonathan Lash. En revanche, pendant le “minimum solaire”, plusieurs années peuvent s’écouler entre deux tempêtes.

En décembre dernier, l’éruption solaire la plus importante depuis des années a perturbé les communications radio.

]]> Israël acceptera-il de libérer Marwan Barghouti https://canadavoice.info/israel-acceptera-il-de-liberer-marwan-barghouti/ Fri, 22 Mar 2024 00:33:37 +0000 https://canadavoice.info/?p=116528

Pour ses partisans, il est le « Nelson Mandela » des Palestiniens, populaire et fédérateur. Pour Israël, c’est un meurtrier qui continue de transmettre des ordres depuis sa cellule.

Le Hamas demande la libération du militant palestinien emprisonné Marwan Barghouti, issu du Fatah, dans le cadre d’un accord de cessez-le-feu et de libération des otages qui est toujours en discussion.

Lundi, le comité des prisonniers palestiniens lançait l’alerte : Marwan Barghouti subirait de la torture dans sa prison israélienne, coupé de tout contact.

Pour la justice israélienne, c’est un terroriste. Marwan Barghouti purge cinq peines de prison à perpétuité depuis 20 ans.

Pour les Palestiniens, c’est un résistant, un héros de la trempe de Nelson Mandela en Afrique du Sud.

Arab Barghouti est le fils cadet du militant palestinien Marwan Barghouti.
Photo : Radio-Canada / Alexey Sergeyev

Pour moi, bien sûr, c’est un père, d’abord et avant tout. Et c’est mon modèle, dit Arab Barghouti, fils du militant palestinien, dans le salon de l’appartement familial de Ramallah, en Cisjordanie.

Cadet de quatre enfants, Arab Barghouti n’avait que 11 ans quand son père a été condamné. Depuis, l’homme de 33 ans ne le voit que quelques fois par année.

Aujourd’hui, son père Marwan se trouve au cœur des négociations entre Israël et le Hamas, qui a demandé sa libération.

La question de la gouvernance d’après-guerre à Gaza reste entière et Marwan Barghouti apparaît, pour plusieurs, comme une solution de rechange au Hamas et à la corruption de l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas.

Sa place est auprès du peuple palestinien. Mon père n’est pas une personne violente. En même temps, il ne fera pas de compromis, il n’abandonnera jamais les droits des Palestiniens.

Une citation de Arab Barghouti, fils de Marwan Barghouti

Israël a accusé Marwan Barghouti d’avoir fondé les Brigades des martyrs d’Al-Aqsa, la branche armée du Fatah, début 2000 et l’a inculpé de 26 chefs d’accusation de meurtre et de tentative de meurtre attribués au groupe.

Marwan Barghouti, qu’on voit ici à la cour de Tel-Aviv, en août 2002, est un militant palestinien qui s’est joint au Fatah de Yasser Arafat à l’âge de 15 ans.
Photo : Reuters / Oleg Popov

Il n’a jamais coopéré avec la cour israélienne. Il ne reconnaissait pas la légitimité qu’avait le tribunal israélien de le condamner en tant que membre du Parlement, explique Arab Barghouti.

Un engagement précoce pour la cause palestinienne

Marwan Barghouti est tombé très jeune dans la politique, au service de la cause palestinienne. À 15 ans, il s’est joint au Fatah de Yasser Arafat. Il a connu la prison une première fois, cinq ans après la première Intifada de 1987, puis l’exil forcé en Jordanie.

À la signature des accords d’Oslo, il a pu rentrer chez lui. Le jeune leader charismatique était pressenti pour succéder au révolutionnaire vieillissant. Il croyait et croit toujours à la paix avec ses voisins, dit son fils.

Ce n’est pas comme si du jour au lendemain, mon père, un dirigeant palestinien, avait décidé qu’il voulait tuer les Israéliens comme on veut le faire croire. Non. Il a travaillé avec eux, il les a rencontrés, il a voyagé avec eux.

Une citation de Arab Barghouti, fils de Marwan Barghouti

Yossi Beilin, un politicien israélien, a bien connu Marwan Barghouthi alors qu’il était ministre de la Justice.

Yossi Beilin, ancien ministre israélien de la Justice
Photo : Radio-Canada / Alexey Sergeyev

Il soutenait beaucoup le processus d’Oslo, il croyait au bon voisinage et à la solution à deux États, si je peux le dire comme ça, sans baratin, se rappelle M. Beilin.

Yossi Beilin croit que l’échec des négociations de Camp David, en 2000, a poussé Marwan Barghouti à durcir le ton. Quand le premier ministre israélien Ariel Sharon s’est rendu sur l’esplanade des Mosquées, le site de la mosquée d’Al-Aqsa, il a mis le feu aux poudres en ce qui touche le ressentiment des Palestiniens, dit-il.

Lors de notre dernière rencontre, deux ans avant son arrestation, il m’a dit qu’il avait cru aux accords d’Oslo, qu’il avait voulu la paix avec nous, mais qu’on l’avait jeté en l’air. Il m’a prévenu : “Nous sommes en compétition avec le Hamas et si nous démontrons à notre peuple que la voie de la paix était un échec, le Hamas va prospérer, parce qu’eux disent depuis toujours : ne faites pas confiance aux Juifs, ne faites pas la paix avec eux.”

Une citation de Yossi Beilin, ancien ministre israélien de la Justice

Un acteur majeur

Marwan Barghouti a joué un rôle clé lors des soulèvements populaires de la première et de la deuxième Intifada. Il a mené des manifestations en prononçant des discours incendiaires.

Une femme lance des roches sur des soldats israéliens durant des affrontements à Hébron, en Cisjordanie, en octobre 2000.
Photo : Reuters / Str Old

Peu de temps avant son arrestation, en 2002, il a survécu à une tentative d’assassinat des Israéliens.

Le gars n’est pas innocent, je le reconnais, dit Yossi Beilin. Je dis simplement que c’était stupide de l’arrêter et stupide de le garder en prison.

C’était un ami, se souvient avec le sourire Meir Chetrit, alors ministre israélien de la Justice. Mon impression de lui, c’est qu’il était contre la corruption de l’Autorité palestinienne. Il était contre Arafat et il soutenait la paix avec Israël sérieusement. Il croyait que nous devions vivre en paix et il voulait bâtir un État démocratique.

  1. Chetrit aime raconter que Marwan Barghouti a passé une nuit entière à le soigner lors d’un voyage d’affaires en Italie. Victime d’un malaise, fiévreux, c’est au Palestinien qu’il a demandé de l’aide. Il a apporté les couvertures de toute la délégation palestinienne et s’est allongé sur moi toute la nuit.

Malgré l’amitié qu’il a entretenue avec Marwan Barghouti, il croyait légitime d’arrêter le leader palestinien.

Israël a accusé Marwan Barghouti d’avoir fondé les Brigades des martyrs d’Al-Aqsa, début 2000. On voit ici des militants des Brigades lors d’une manifestation à Hébron, en Cisjordanie, en avril 2006.
Photo : Reuters / Nayef Haslamoun

Ça me désole parce que je crois que c’est un des bons. Selon moi, encore aujourd’hui, même en prison, s’il y avait des élections au sein de l’Autorité palestinienne, personne ne pourrait le battre. Il gagnerait, depuis la prison.

Une citation de Meir Chetrit, ancien ministre israélien de la Justice

Il est vrai que, depuis sa cellule, Marwan Barghouti a toujours pesé lourd sur la situation politique. Les gens l’admirent, les jeunes. Et bien sûr, la prison lui donne encore plus d’importance, elle en fait un leader évident, décrit Meir Chetrit.

Selon un sondage publié en décembre 2023 par le Centre palestinien de recherche politique et d’enquête, 57 % des Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza voteraient pour lui, devant Mahmoud Abbas, l’actuel président, et Ismaïl Haniyeh, le chef politique du Hamas.

Il est accepté par beaucoup de membres du Hamas; aucun dirigeant palestinien n’est aussi accepté de tous les partis et mouvements, fait valoir l’ex-ministre israélien Yossi Beilin. Si la question est de savoir si le gouvernement israélien doit l’empêcher d’être libéré, bien sûr que non.

Cet espoir qu’il représente, le gouvernement actuel n’en veut pas, selon Meir Chetrit, un ancien du Likoud de Benyamin Nétanyahou. Le gouvernement actuel ne le laissera jamais sortir de prison.

Suivez notre couverture en direct de la guerre dans la bande de Gaza et de la situation au Moyen-Orient.

L’isolement et la torture

Depuis l’attaque du Hamas du 7 octobre, Marwan Barghouti a été placé en isolement. Ses avocats et sa famille s’inquiètent des mauvais traitements qu’il subit, affirment-ils. Il est roué de coups, on lui a cassé la clavicule et il est privé de soins, affirme Arab Barghouti.

Il n’y a pas à manger, ils ne donnent que trois cuillères de riz et deux petits morceaux de pain pour une journée entière. Il avait perdu 10 kilos il y a quelques semaines. Dieu seul sait combien maintenant, dit le fils de Marwan Barghouti.

Ce lundi, l’Organisation pour la libération de la Palestine (OLP) accusait aussi les autorités israéliennes, par voie de communiqué, de soumettre le détenu à l’isolement et la torture et de mener une guerre contre les prisonniers palestiniens.

Banan Al-Qaddoumi est l’une des dernières personnes à avoir vu Marwan Barghouti en prison.
Photo : Radio-Canada / Alexey Sergeyev

À partir du 7 octobre, la politique du service des prisons a été de nous utiliser comme objet de leur vengeance. Ils se sont vengés sur les prisonniers comme si nous faisions partie de la guerre, comme si on en était responsables, raconte Banan Al-Qaddoumi.

Il est l’une des dernières personnes à avoir vu Marwan Barghouti en prison. M. Al-Qaddoumi était à ses côtés le 7 octobre, purgeant les derniers mois d’une peine de 16 ans pour activité terroriste. Libre depuis décembre, il est maintenant policier au sein de l’Autorité palestinienne.

Nous étions dans un état de frayeur constant. Nous étions démunis, nous avions perdu tout pouvoir. Pas de nourriture, pas à boire, rien pour nous couvrir, rien. Ils faisaient irruption dans nos cellules tous les jours comme si nous étions des menaces, raconte Banan Al-Qaddoumi.

Dans le journal Haaretz, le porte-parole du Service israélien des prisons a démenti ce qu’il qualifie de fausses informations. Le service se comporte en accord avec la loi, a-t-il soutenu.

Si Arab Barghouti et sa mère Fadwa ne perdent pas espoir et luttent depuis plus de 20 ans pour le faire libérer, c’est parce que Marwan Barghouti ne s’est jamais permis de baisser les bras et n’a jamais renoncé à un État libre pour les Palestiniens.

Je ne l’ai jamais vu perdre espoir pour l’avenir. Et c’est le genre de pouvoir dont nous, les Palestiniens, avons besoin, parce que nous nous sentons impuissants. Nous sentons que nous n’avons plus d’espoir. Les prisonniers politiques vont changer ça.

Une citation de Arab Barghouti, fils de Marwan Barghouti

Arab Barghouti se rappelle les paroles de son père : la guerre ne sert à rien si elle ne peut pas mener à la paix.

Marie-Eve Bédard

]]> Premier atterrissage américain sur la Lune depuis Apollo https://canadavoice.info/premier-atterrissage-americain-sur-la-lune-depuis-apollo/ Fri, 23 Feb 2024 08:15:52 +0000 https://canadavoice.info/?p=113495

RCI / Agence France-Presse

C’est un grand pas pour l’industrie spatiale : une sonde de l’entreprise américaine Intuitive Machines s’est posée sur la Lune jeudi, marquant le premier atterrissage d’un appareil américain sur la Lune depuis plus de 50 ans, et une première pour une société privée.

Nous pouvons confirmer sans aucun doute que notre équipement est sur la surface de la Lune et que nous transmettons un signal, a déclaré Tim Crain, responsable chez Intuitive Machines, durant la vidéo diffusée en direct par l’entreprise.

Cette dernière a ensuite confirmé sur X que l’alunisseur avait bien atterri debout et commencé à envoyer des données.

L’engin s’est posé sur la Lune à 17 h 23, heure de Houston, au Texas, où se trouve la salle de contrôle de l’entreprise.

L’alunisseur Nova-C, qui transporte notamment des instruments scientifiques de la NASA, mesure un peu plus de quatre mètres de haut. Il a décollé la semaine dernière de Floride et est entré en orbite lunaire mercredi.

Votre commande a été livrée… sur la Lune! a affirmé la NASA sur son compte X.

Une image tirée d’une vidéo publiée par Intuitive Machines montre le personnel de sa salle de contrôle en train de célébrer après avoir appris que son vaisseau spatial privé nommé Odysseus a atterri sur la lune, jeudi.
Photo : AP / Intuitive Machines

La descente était l’étape la plus redoutée de la mission, nommée IM-1.

Des lasers de l’alunisseur qui devaient permettre à l’appareil de se guider n’ont pas fonctionné, mais les équipes d’Intuitive Machines ont pu utiliser en remplacement un instrument de la NASA à bord, qui ne devait qu’être testé durant la mission.

Une dizaine de minutes avant l’atterrissage, une importante poussée du moteur a servi à freiner Nova-C, qui évoluait auparavant à pas moins de 1800 mètres par seconde.

Durant la descente finale, la sonde était complètement autonome.

Des images sont maintenant attendues, y compris celles d’un petit engin équipé de caméras, développé par l’université d’aéronautique Embry-Riddle, qui devait être éjecté de l’alunisseur au dernier moment pour capturer de l’extérieur l’alunissage.

Un appareil américain n’avait pas atterri sur la Lune depuis la fin du mythique programme Apollo, en 1972.

Pour la première fois en plus d’un demi-siècle, les États-Unis sont de retour sur la Lune, s’est félicité dans une vidéo le patron de la NASA, Bill Nelson. Et pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, une entreprise privée, une entreprise américaine, a décollé et mené le voyage jusque là-haut.

L’Inde et le Japon ont récemment réussi à alunir grâce à leurs agences spatiales nationales, devenant les quatrième et cinquième pays à le faire, après l’Union soviétique, les États-Unis et la Chine.

Une fusée SpaceX Falcon 9 a décollé de la rampe de lancement LC-39A du Centre spatial Kennedy avec l’atterrisseur lunaire Nova-C d’Intuitive Machines, à Cap Canaveral, en Floride, le 15 février dernier.
Photo : AFP / GREGG NEWTON

Mais plusieurs entreprises – israélienne, japonaise et américaine – avaient jusqu’ici échoué à reproduire la même prouesse.

La Russie a également raté un atterrissage (Nouvelle fenêtre) sur la Lune l’été dernier.

Préparation de la mission Artemis

L’endroit qui était visé par Intuitive Machines se trouve à environ 300 kilomètres du pôle Sud de la Lune. Le cratère faisant office de piste d’atterrissage est nommé Malapert A, du nom d’un astronome du 17e siècle.

Le pôle Sud lunaire est intéressant, car il s’y trouve de l’eau sous forme de glace, qui pourrait être exploitée.

La NASA souhaite y envoyer ses astronautes à partir de 2026 avec ses missions Artémis, et c’est notamment pour les préparer qu’elle cherche à étudier de plus près cette région encore peu explorée.

Quel type de poussière ou de terre s’y trouve? À quel point fait-il froid ou chaud? Quelles sont les radiations? Ce sont des choses que vous voulez savoir avant d’envoyer de premiers explorateurs humains, a expliqué Joel Kearns, responsable à la NASA.

Pour cette phase d’exploration, la NASA utilise son tout nouveau programme, nommé CLPS. Au lieu de développer elle-même des vaisseaux pour la Lune, l’agence spatiale américaine a chargé des sociétés privées d’y emporter son matériel scientifique.

Les astronautes de la mission Artemis II de la NASA, au Centre spatial Kennedy à Cap Canaveral (Photo d’archives)
Photo : Reuters / JOE SKIPPER

Intuitive Machines est l’une des entreprises sélectionnées. Le montant de son contrat avec la NASA pour cette première mission s’élève à 118 millions de dollars américains.

L’objectif est de réduire les coûts pour l’agence publique, de pouvoir faire le voyage plus fréquemment, mais aussi de développer l’économie lunaire. Et ce, malgré les risques d’échec.

Une première mission du programme, menée par l’entreprise américaine Astrobotic, n’avait pas réussi à atteindre la Lune le mois dernier.

L’alunisseur d’Intuitive Machines, dont l’exemplaire utilisé pour cette mission a été baptisé Odysseus, emporte aussi six cargaisons privées. Parmi celles-ci, on compte des sculptures de l’artiste contemporain Jeff Koons représentant les phases de la Lune.

Les six instruments scientifiques de la NASA à bord se concentrent, eux, sur de premières observations de cette région encore peu explorée.

Des caméras placées sous l’alunisseur devaient analyser la quantité de poussière projetée lors de la descente, afin de la comparer aux atterrissages d’Apollo sur la Lune.

Un autre instrument doit étudier le plasma lunaire, une couche de gaz chargé en électricité, et mesurera les ondes radio en provenance du Soleil et d’autres planètes.

Odysseus, qui est alimenté en énergie grâce à ses panneaux solaires, doit normalement fonctionner durant environ sept jours à partir du moment de son atterrissage, avant que la nuit s’installe sur le pôle Sud lunaire.

]]> Qui sont les Brigades du Hezbollah accusées d’avoir tué des soldats américains en Jordanie ? https://canadavoice.info/qui-sont-les-brigades-du-hezbollah-accusees-davoir-tue-des-soldats-americains-en-jordanie/ Thu, 08 Feb 2024 05:16:34 +0000 https://canadavoice.info/?p=111697

Les miliciens irakiens des Brigades du Hezbollah sont accusés par Washington d’être à l’origine de l’attaque qui a fait trois mort et une quarantaine de blessés, le 28 janvier, sur une base américaine en Jordanie. Symbole de l’influence iranienne en Irak, cet influent groupe armé pro-Iran échappe à l’autorité du pouvoir irakien dont il dépend en théorie.

france24 / Par : Bahar MAKOOI Suivre

Les attaques contre les troupes américaines au Moyen-Orient ont atteint un niveau inédit depuis le massacre perpétré par le Hamas le 7 octobre et la guerre qui s’est ensuivie à Gaza entre Israël et le mouvement islamiste palestinien.

Depuis la mi-octobre, les soldats américains et ceux de la coalition antijihadiste ont essuyé 165 frappes de drones et tirs de roquettes contre leurs positions en Irak et en Syrie. Mais ils n’avaient jusqu’ici déploré aucune perte humaine.

La dernière attaque en date, dimanche 28 janvier, au cours de laquelle trois soldats américains ont été tués et une quarantaine d’autres blessés sur une base logistique – la “Tour 22” – située en Jordanie à la frontière avec la Syrie, est un tournant.

Du jamais-vu depuis le début de la guerre entre Israël et le Hamas, estime David Rigoulet-Roze, chercheur associé à l’Institut de Relations internationales et stratégiques (Iris) et spécialiste du Moyen-Orient, pour qui “une ligne rouge a été potentiellement franchie”. Preuve en est, le président américain, Joe Biden, a promis de répliquer, affirmant le soir même de l’attaque qu’il allait “faire rendre des comptes à tous les responsables, quand et comme nous le voulons.”

L’Iran a démenti toute implication dans ce raid meurtrier, qui n’a pas été revendiqué. Toutefois, selon Sabrina Singh, une porte-parole du Pentagone qui s’est exprimé le lendemain, il porte “l’empreinte des Kataëb Hezbollah [Brigades du Hezbollah]”, dont il présente le modus operandi.

Une accusation partagée par la Maison Blanche qui pense que la nébuleuse de groupes “Résistance islamique en Irak” est à l’origine de l’attaque. Ce groupement “comprend” les Brigades du Hezbollah, a noté mercredi le porte-parole du Conseil de sécurité nationale, John Kirby, lors d’une conférence de presse, précisant que l’attaque meurtrière “portait certainement la marque” de ce groupe armé pro-Iran.

Aux ordres du guide suprême iranien

Les Brigades du Hezbollah – à ne pas confondre avec le Hezbollah libanais – sont une des milices irakiennes “les plus liées à l’Iran”, explique David Rigoulet-Roze. “Elles suivent le principe du ‘velayat-e faqih’, ce qui veut dire qu’elles reconnaissent le guide suprême iranien comme leur référent suprême”.

L’ancien chef des Brigades du Hezbollah, Abou Mahdi al-Muhandis, a été tué en 2020 dans une frappe américaine à Bagdad aux côtés du puissant général iranien Qassem Soleimani, dont il était le bras droit irakien.

À Karbala, lors d’une cérémonie funéraire le 29 décembre 2020, un membre de Hachd al-Chaabi tient le portrait du commandant Abu Mahdi al-Muhandis tué dans une frappe américaine. © AFP, Mohammed Sawaf

Classées groupe “terroriste” par Washington et visées par des sanctions, les Brigades du Hezbollah ont été ciblées ces dernières semaines par des frappes américaines en Irak, de même qu’Al-Noujaba, une autre milice farouchement anti-américaine.

À lire aussiUn départ de la coalition internationale “serait un drame absolu” pour l’Irak

La plupart des attaques ayant visées les Américains ces derniers mois ont été revendiquées par la “Résistance islamique en Irak”, dont les Brigades du Hezbollah et Al-Noujaba font partie. Cette nébuleuse de combattants issus des groupes armés pro-Iran dit agir en soutien aux Palestiniens. Mais elle réclame surtout le départ des quelque 2 500 soldats américains encore déployés en Irak dans le cadre de la coalition qui lutte contre le groupe État islamique. Une revendication entendue, puisqu’au vu du contexte explosif, le gouvernement irakien a lancé des négociations avec Washington pour un calendrier de retrait.

Autrefois aux côtés de Washington dans la coalition antijihadistes

Au sein des groupes de la “Résistance islamique en Irak”, les Brigades du Hezbollah sont sans doute les plus influentes. Elle sont aussi affiliées au groupement Hachd al-Chaabi, composé d’ex-paramilitaires irakiens pro-Iran, et au sein duquel les Brigades “ont un rôle prépondérant”, explique David Rigoulet-Roze. L’actuel chef des Brigades du Hezbollah, Abu Fadak al-Muhammadawi, est aussi le chef d’état-major des Hachd.

Hachd al-Chaabi a été lancé en juin 2014 pour épauler les forces irakiennes contre le groupe État islamique (EI). Ensemble, aux côtés de la coalition antijihadistes emmenée par Washington, ils ont contribué à la défaite infligée à l’EI en 2017 par l’Irak.

“Il y a eu une alliance objective entre la coalition, donc les Américains, et les milices du Hachd contre Daesh [le groupe État islamique]. Les deux combattaient dans le même camp, les uns au sol, les autres plutôt dans les airs. Mais après 2017, ces groupes ont retrouvé leur ADN iranien, donc anti-américain”, précise David Rigoulet-Roze.

Aujourd’hui le Hachd comprend des dizaines de groupes et plus de 160 000 membres, selon des estimations consultées par l’AFP. Le think thank américain The Washington institute estime, lui, que ses effectifs s’élèvent à 230 000 membres. Mais ni les autorités, ni l’organisation ne communiquent sur le nombre de ses effectifs.

Concernant les Brigades du Hezbollah, le nombre exact de miliciens reste inconnu. Selon David Rigoulet-Roze, les chiffres varient entre 3 000 et 30 000, car une partie des miliciens sont mobilisés occasionnellement.

“L’exécutif gouvernemental n’a pas la main sur ces groupes”

Face à la multiplication des attaques contre les troupes américaines ces dernières semaines, le gouvernement irakien se sent pris entre deux feux. Il a été porté au pouvoir par une coalition de partis chiites pro-Iran et une majorité parlementaire incluant le Hachd qui dispose de députés depuis 2018.

Le résumé de la semaineFrance 24 vous propose de revenir sur les actualités qui ont marqué la semaine

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Théoriquement, le Hachd et ses composantes, dont les Brigades du Hezbollah, font partie des forces régulières du pays, en vertu d’une loi votée en 2016. “Mais c’est largement une question de forme. Parce qu’en réalité, l’exécutif gouvernemental n’a pas la main sur ces groupes. Ils bénéficient d’une large marge d’autonomie. Ce qui pose d’ailleurs des problèmes à l’exécutif de Mohamed Chia al-Soudani”, explique David Rigoulet-Roze.

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Après les menaces du président américain, qui a promis des représailles “conséquentes”, et indiqué tenir l’Iran “responsable” d’avoir fourni l’armement nécessaire à la frappe qui a tué les soldats américains, les Brigades du Hezbollah ont affirmé, le 30 janvier, “suspendre” leurs opérations militaires contre les troupes américaines.

“Nous annonçons la suspension de nos opérations militaires et sécuritaires contre les forces d’occupation, afin d’épargner tout embarras au gouvernement irakien”, a annoncé le groupe dans un communiqué signé du secrétaire général Abou Hussein al-Hamidawi, mentionnant le pouvoir irakien pour la forme. Car en coulisses, l’Iran est sans aucun doute intervenu pour calmer le jeu, comprenant qu’il y avait désormais un risque d’escalade incontrôlé avec les Américains.

Avec AFP

]]> En Argentine, les réformes dérégulatrices de Javier Milei à l’épreuve du Parlement https://canadavoice.info/en-argentine-les-reformes-deregulatrices-de-javier-milei-a-lepreuve-du-parlement/ Sun, 04 Feb 2024 02:23:05 +0000 https://canadavoice.info/?p=111164

Par : FRANCE 24

Le Parlement argentin examine durant plusieurs jours le train de réformes dérégulatrices du nouveau président Javier Milei. Des milliers d’opposants ont manifesté mercredi, à l’appel de mouvements sociaux et de gauche radicale. Selon la présidente du FMI, le nouveau chef de l’État a pris “des mesures audacieuses” pour la croissance.

Des policiers montent la garde devant le Parlement argentin durant les débats sur les réformes du président Javier Milei le 31 janvier 2024 à Buenos Aires. © Luis Robayo, AFP

Le test de la rue, puis des élus : en Argentine, le Parlement va poursuivre, jeudi 1er février, l’examen des réformes dérégulatrices du président ultralibéral Javier Milei, un projet déjà fortement amendé par un exécutif contraint aux compromis parlementaires et voué à un débat de plusieurs jours.

Après douze heures de débats, la Chambre des députés a suspendu la veille les discussions animées sur ce texte, à la fois volumineux et polémique. Une session marathon est prévue sur plusieurs jours, avec près de 200 orateurs.

“Le projet est polémique mais seulement pour ceux qui veulent conserver leurs privilèges”, a assuré José Luis Espert, un des députés du parti présidentiel, La Libertad Avanza, qui ne constitue que la troisième force au Parlement.

À l’extérieur, quelques milliers d’opposants aux réformes ont manifesté mercredi, à l’appel de mouvements sociaux et de gauche radicale. Quelques heurts ont opposé en fin de journée une partie des manifestants à la police, qui dégageait les axes proches du Parlement et a fait usage de gaz lacrymogène, a constaté l’AFP.

Mobilisation toutefois sans commune mesure avec la grève générale et les manifestations dans plusieurs villes du 24 janvier, un mois et demi après l’investiture de Milei.

Affrontements entre des policiers et des manifestants durant les débats au Parlement sur les réformes du président Javier Milei le 31 janvier 2024 à Buenos Aires © Luis ROBAYO / AFP

Le train de réformes touchait presque tous les domaines, du système électoral à l’éducation, de la culture aux privatisations, au code pénal, commercial, à la légitime défense, la lutte contre les incendies, le divorce, le statut des clubs de football. Après des semaines de tractations, il a été amputé de moitié, notamment d’une série de réformes fiscales cruciale et la modification controversée de l’indexation des retraites.

Quels super-pouvoirs ?

Restent des points de contentieux : les privatisations – le géant pétrolier YPF en a été exclu mais 40 entreprises restent visées -, et la délégation temporaire de pouvoirs accrus à l’exécutif au nom de “l’urgence économique” et sociale.

Le Parlement argentin a commencé à examiner l’ambitieux train de réformes dérégulatrices du président ultralibéral Javier Milei, le 31 janvier 2024, à Buenos Aires © Luis ROBAYO / AFP

Les députés devaient dans un premier temps, jeudi sans doute, procéder à un vote dit “général”, sur le principe de la loi, avant l’examen des articles dans le détail. Le scénario reste incertain : des députés de l’opposition centriste sont prêts à donner “des possibilités de gouverner” à l’exécutif, mais restent réticents sur la délégation de pouvoirs, sa durée, son extension. Pour Martin Tetaz, “un tiers du projet va avoir des difficultés à être approuvé” en l’état et son bloc exigera des modifications.

Dans l’opposition de gauche, le député Hugo Yasky a exhorté la Chambre à ne pas voter la délégation de pouvoirs, “chèque en blanc à un admirateur de Vox, Bolsonaro, Trump et de toute l’extrême droite du monde”.

“Aujourd’hui, la politique a l’opportunité de commencer à réparer le dommage qu’elle a causé au peuple argentin”, a lancé le président Milei sur le réseau social X.

Stagflation

Javier Milei, un économiste de 53 ans se définissant comme “anarcho-capitaliste”, a bousculé la politique argentine en deux ans d’ascension éclair – député en 2021 puis président en novembre 2023 – avec un programme de dérégulation et de “tronçonnage” d’un “État ennemi” et dispendieux.

Affrontements entre des policiers et des manifestants durant les débats au parlement sur les réformes du président Javier Milei le 31 janvier 2024 à Buenos Aires © Luis ROBAYO / AFP

“Il n’y pas de plan B” à l’austérité budgétaire, a-t-il encore martelé ces derniers jours, pour stabiliser une économie endettée et étranglée par une inflation chronique, à 211 % en 2023.

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De fait, ses mesures les plus fortes à ce jour affectent déjà le quotidien de millions d’Argentins : une dévaluation de plus de 50 % du peso en décembre, des prix “libérés” – que le gouvernement précédent tentait d’encadrer tant bien que mal – et la fin des subventions aux transports, à l’énergie notamment.

Premier impact concret : une inflation mensuelle record à 25 % en décembre. Javier Milei lui-même a prévenu que les choses “allaient empirer” dans un premier temps, avec une “stagflation” (stagnation de l’activité combinée à une inflation élevée) en 2024.

La directrice du Fonds monétaire international (FMI), Kristalina Georgieva, a estimé mercredi que le gouvernement prenait “des mesures audacieuses pour restaurer la stabilité macroéconomique et commencer à s’attaquer aux obstacles à la croissance”.

Affrontements entre des policiers et des manifestants durant les débats au parlement sur les réformes du président Javier Milei le 31 janvier 2024 à Buenos Aires © Luis ROBAYO / AFP

Le FMI qui anticipait 2,8 % de croissance en Argentine en 2024, a toutefois révisé ses prévisions et projette une récession à – 2,8 %, de la troisième économie d’Amérique latine, sous l’effet des mesures d’austérité. Le pays serait ainsi le seul du G20 en récession en 2024, avant une reprise à + 5 % en 2025, selon le Fonds.

Avec AFP

]]> Au Liban, une opération mains propres loin de faire l’unanimité https://canadavoice.info/au-liban-une-operation-mains-propres-loin-de-faire-lunanimite/ https://canadavoice.info/au-liban-une-operation-mains-propres-loin-de-faire-lunanimite/#comments Mon, 01 Jun 2020 04:23:45 +0000 https://www.canadavoice.info/?p=28807 Middle east eye / Par Paul Khalifeh – BEYROUTH, Liban

Sous la pression de la rue et l’impulsion du gouvernement, des magistrats libanais s’attaquent, depuis près de trois mois, à des dossiers de corruption. Mais ces démarches ne plaisent pas à tout le monde

La lutte contre la corruption tentaculaire qui gangrène la classe politique et l’administration publique au Liban est l’une des principales revendications du mouvement de contestation qui secoue le pays depuis le 17 octobre dernier.

Le Liban occupait le 137e rang sur 180 au classement 2019 de l’indice de perception de la corruption, publié dans le rapport annuel de Transparency International (TI).

Dans une série de recommandations rendues publiques le 24 octobre, la branche libanaise de l’ONG préconise « la lutte contre la corruption dans le secteur public […] », « la levée du secret bancaire des responsables officiels et des hauts fonctionnaires », ainsi que de « l’immunité des anciens ministres, députés et hauts fonctionnaires, ou ceux en exercice », et le renforcement de l’indépendance de la magistrature.

Le Premier ministre Hassan Diab semble avoir entendu le message de la rue, porté également par la communauté internationale. Dix jours après la formation de son gouvernement, le 21 janvier, il reçoit les chefs des différents organes de contrôle de l’État devant lesquels il insiste sur la priorité donnée à la lutte contre la corruption.

La déclaration ministérielle met aussi l’accent sur « l’indépendance de la justice », « la lutte contre la corruption » et « la récupération des fonds publics pillés ».

La rue veut en finir avec la corruption

Couverts par le pouvoir exécutif et par le mouvement de contestation populaire qui exige que les responsables du pillage des caisses de l’État soient traduits en justice, des juges d’instruction et des procureurs commencent à ouvrir des dossiers que l’on croyait inaccessibles ou clos à jamais.

Début février, un juge d’instruction du Mont-Liban, Nadim Nachef, émet ainsi un mandat d’arrêt à l’encontre de l’ex PDG du Casino du Liban, Hamid Kreidi, pour abus de confiance, détournement de fonds et fraude.

Il sera traduit devant un juge pénal début mai par la procureure du Mont-Liban, Ghada Aoun, une des juges les plus en vue dans la lutte contre la corruption. Le suspect, qui se trouve en Suisse, a rejeté les accusations portées contre lui, les qualifiant de « calomnies ».

Le 6 mars, la juge des référés à Beyrouth, Hala Naja, émet une interdiction de quitter le territoire à l’encontre du directeur du port de Beyrouth, Hassan Koreitem, au lendemain de la levée de son immunité de la part de son ministre de tutelle pour qu’il puisse être poursuivi en justice.

Ce haut fonctionnaire est soupçonné de dilapidation des fonds publics et de négligence professionnelle. Le port de Beyrouth est considéré comme l’un des hauts lieux de la corruption avec un manque à gagner pour l’État estimé à 800 millions de dollars par an, voire le double ou plus selon certaines sources.

Un jeune libanais participe à une manifestation contre une élite politique accusée de corruption et d’incompétence, dans le centre-ville de Beyrouth, le 17 janvier 2020 (AFP)

Quelques semaines plus tard, le procureur général, Ghassan Oueidat, s’attaque à l’un des dossiers les plus épineux : l’occupation et l’exploitation illégales par des propriétaires privés des biens-fonds maritimes publics sur lesquels ils ont construit des centres balnéaires ou des restaurants pendant et après la guerre civile (1975-1990).

Le plus haut magistrat de la justice debout ordonne l’évacuation de ces lieux et la confiscation des biens qui s’y trouvent. Les biens-fonds maritimes illégaux représentent un manque à gagner de plusieurs dizaines de millions de dollars pour l’État.

Des ministres entendus par les juges, des fonctionnaires arrêtés

Mais de tous les dossiers, celui qui a le plus défrayé la chronique est l’affaire dite du « fuel défectueux ». Il s’agit de carburant non conforme aux normes, destiné à être livré aux centrales électriques par la société algérienne Sonatrach, dans le cadre d’un contrat signé avec l’État libanais en 2005.

Le ministre de l’Énergie actuel et ses prédécesseurs ainsi que plusieurs hauts fonctionnaires et autres commis de l’État ou employés sont entendus par les juges. La procureure Ghada Aoun défère devant la justice une douzaine de personnes dont des directeurs généraux accusés d’avoir touché des pots-de-vin.

  • L’Algérie et le Liban impliqués dans un scandale de pétrole « défectueux »

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Les premiers éléments de l’enquête montrent que cette fraude, qui consiste à délivrer de faux certificats attestant que le fuel importé répond aux normes requises par le cahier des charges, dure depuis de nombreuses années et aurait coûté à l’État des dizaines de millions de dollars.

Dans le sillage de cette affaire, le procureur financier Ali Ibrahim engage des poursuites contre dix compagnies d’hydrocarbures, pour « détournement de fonds publics et enrichissement illicite ».

Le 21 mai, et dans une décision inédite, un juge ordonne la saisie préventive des biens d’un député dans le cadre d’un procès intenté contre lui par l’État pour « atteinte au prestige de la justice ».

Des terrains, des actions et des véhicules appartenant à Hadi Hobeiche, membre du bloc parlementaire de l’ancien Premier ministre Saad Hariri, sont saisis pour couvrir les frais de dédommagement réclamés par la procureure Ghada Aoun, encore elle, que l’élu avait injurié devant les caméras. Hadi Hobeiche tentait d’intervenir auprès de la juge qui avait ordonné l’arrestation dans une affaire de corruption de l’une de ses proches, Hoda Salloum, directrice du département du trafic routier.

L’exécutif renforce et réactive son arsenal juridique et législatif

Parallèlement à l’action de la justice, le gouvernement s’est employé, ces dernières semaines, à renforcer son arsenal législatif et juridique de lutte contre la corruption.

Le Conseil des ministres a adopté, le 24 avril, huit mesures visant à poursuivre en justice les personnes coupables de corruption et d’évasion fiscale et à récupérer les fonds détournés ou transférés à l’étranger.

Le ministère des Finances a ainsi été chargé de mener des enquêtes fiscales visant toutes les « personnes physiques ou morales » qui ont conclu des contrats ou étaient liées par des engagements avec les institutions étatiques. Tous les contrats passés avec l’État depuis la fin de la guerre civile, en 1990, seront décortiqués, la priorité étant donnée à ceux qui ont été conclus ces cinq dernières années.

Le gouvernement a aussi décidé d’examiner toutes les déclarations de patrimoine des ministres et des députés, anciens ou en exercice, pour vérifier si elles correspondent bien à la réalité.

Hall principal du palais de justice de Beyrouth en décembre 2002 (AFP)

Le Liban souhaite enfin activer les mécanismes d’échanges internationaux de données fiscales pour demander aux pays tiers des informations sur des comptes bancaires ouverts à l’étranger par des « personnes physiques et morales » ayant déclaré leur résidence fiscale au Liban.

Le but de cette mesure est d’identifier les personnes ou les sociétés qui ont procédé à des transferts de fonds vers l’étranger, surtout depuis l’éclatement de la crise économique et financière, qui se traduit, depuis l’automne dernier, par une pénurie de dollars.

Hassan Diab avait révélé, dans une de ses récentes interventions, que 5,7 milliards de dollars avaient été ainsi sortis du Liban depuis le début de cette année.

Les mesures du gouvernement « ne devraient pas inquiéter les personnes ayant déposé leur labeur dans les banques à l’étranger, mais devraient toucher les personnes ayant dissimulé un butin mal acquis dans ce qu’ils croyaient être des paradis fiscaux où ils seraient intouchables », déclare à Middle East Eye le président de l’Ordre des avocats de Beyrouth, Melhem Khalaf.

« Également, tout détournement de fonds à l’intérieur du pays devrait être soumis à la levée du secret bancaire par le parquet. »

Selon le bâtonnier, « avec l’arsenal juridique actuel et les tribunaux existants, le Liban est doté de tous les outils légaux, juridiques et juridictionnels qui lui permettent de mener à bien une action de lutte contre la corruption et le détournement de l’argent public ».

Paul Morcos, fondateur du Cabinet Justicia, évoque pour sa part une « inflation » de textes législatifs. « Notre arsenal juridique doit être mis à jour et il faut une volonté de tous les partis pour aller de l’avant [dans la lutte contre la corruption] », déclare le juriste à Middle East Eye.

Les politiciens se déchaînent contre la justice

Or, cette volonté n’existe pas. C’est, en tout cas, ce que laisse penser le tollé en réaction aux actions combinées de la justice et du pouvoir exécutif qui ont des allures d’opération mains propres mais qui ne font pas l’unanimité.

  • Dans un Liban régit par le système du confessionnalisme politique, toute personne occupant une fonction publique, fut-elle coupable des pires exactions, est protégée par le représentant de sa communauté ou par la figure politique qui l’a fait nommer

​​​​​​Pour assurer le succès de ces démarches, Melhem Khalaf préconise la « levée de la mainmise politique [pour garantir] une tranquillité aux juges en dehors de toute pression médiatique, politique, corporatiste ou amicale ».

Toutefois, la réalité est tout autre. Dans un Liban régit par le système du confessionnalisme politique, toute personne occupant une fonction publique, fut-elle coupable des pires exactions, est protégée par le représentant de sa communauté ou par la figure politique qui l’a fait nommer.

« La justice ne peut être que la pierre angulaire de l’État de droit que l’on doit défendre en toutes circonstances et en tous temps », soutient Melhem Khalaf. Mais les réactions suscitées par les récentes actions judiciaires montrent que le chemin à parcourir avant d’atteindre cet objectif est encore long.

Commentant la saisie des biens du membre de son bloc parlementaire Hadi Hobeiche, Saad Hariri a écrit sur twitter, le 22 mai, que « ce différend entre un avocat et une juge n’[était] pas le premier, ni le dernier ».

« Mais où est la justice s’agissant de ceux qui ont agressé, menacé et tué des responsables politiques, journalistes, soldats, fonctionnaires et même des magistrats ? », a ajouté l’ancien Premier ministre, jetant ainsi le discrédit sur cette démarche judicaire.

L’ancien député Sleiman Frangié est allé plus loin pour prendre la défense de l’un des suspects dans l’affaire du pétrole défectueux, qu’il qualifie de « dossier éminemment politique ».

« Sarkis Hleiss [directeur général des installations pétrolières] est un ami et je suis convaincu de son innocence parce qu’il est honnête », a martelé le leader maronite du Nord-Liban.

« M. Hleiss se rendra à la justice, l’authentique justice, celle qui prouvera son innocence, et non celle de Gebran Bassil », a-t-il ajouté en allusion à son rival politique, le chef du Courant patriotique libre et gendre du président Michel Aoun. « Nous sommes convaincus que la justice est politisée », a accusé Frangié.

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Le Hezbollah n’est pas en reste. Le député Hassan Fadlallah, responsable du dossier de la lutte contre la corruption, a reproché à la justice de ne pas en faire assez. « Le système judiciaire reste subordonné aux autorités politiques, il n’est donc pas indépendant », a-t-il dit. « Aussi, certains juges sont liés à des personnes corrompues. »

Cependant, les critiques les plus violentes sont venues de la bouche du chef de l’Église maronite, qui a dénoncé « certains juges [qui] émettent leurs jugements sur la base de motivations politiques ou revanchardes, sans aucun souci pour la dignité des personnes ».

« Accusations et arrestations sans même entendre l’accusé ? Ou encore fabrication de dossiers et des mandats d’arrêts ? Notre système démocratique s’est-il transformé en un système policier et dictatorial ? », s’est interrogé le patriarche Béchara Raï lors d’une homélie dominicale, le 17 mai.

Une justice à deux vitesses ?

« Ouvrir certains dossiers de corruption d’une manière sélective ne peut qu’aboutir à une justice à deux vitesses », déclare Maître Khalaf, qui met l’accent sur la nécessité d’« assurer à l’appareil judiciaire une sérénité qui lui permettra de faire son travail en toute indépendance, impartialité et tranquillité ».

« Ainsi, l’appareil judiciaire sera seul maître de l’appréciation des poursuites à entreprendre ou pas. Poursuivre les personnes coupables de détournements de fonds publics ne doit pas se transformer en une opération de règlement de comptes de laquelle l’appareil judiciaire sera uniquement l’outil », souligne le bâtonnier.

« Il est inacceptable d’instrumentaliser l’appareil judiciaire à des fins politiques, que ce soit pour un règlement de comptes ou même pour l’instauration d’un État policier. Une pareille instrumentalisation conduirait alors à une déviation de la justice de son but le plus noble. Je refuse de croire à une pareille dérive mais je reste néanmoins vigilant », confie-t-il.

Paul Morcos rejette toute « accusation politique » formulée contre la justice. Selon lui, « les politiciens ne doivent pas exprimer un avis ou une appréciation sur le fonctionnement de la justice. Il ne leur revient pas de le faire ».

  • « Poursuivre les personnes coupables de détournements de fonds publics ne doit pas se transformer en une opération de règlement de comptes de laquelle l’appareil judiciaire sera uniquement l’outil »

– Melhem Khalaf, président de l’Ordre des avocats de Beyrouth

Il rejoint en cela la ministre de la Justice, qu’il qualifie de « juriste très distinguée ». Dans un tweet émis le 24 mai, Marie-Claude Najem a exhorté les politiciens à « laisser la justice faire son travail », les invitant à mener leurs combats « sur d’autres scènes ».

« Critiquer la justice et ses décisions est normal et naturel », a-t-elle écrit. « Mais lui porter atteinte et boycotter son travail, surtout dans les affaires liées à la corruption, est un crime contre la patrie et le peuple. »

En dépit des charges virulentes d’une partie de la classe politique, le patron du barreau de Beyrouth « ne [peut] pas dire que les procédures judiciaires engagées aient montré une dérive au vrai sens du terme », même s’il lui est arrivé « parfois de déplorer certains excès inacceptables au niveau des procédures policières ».

« La lutte contre la corruption doit être obligatoirement soumise à la bonne application des règles juridiques, le respect des lois et des règles de procédures, et ne point accepter d’asservir le droit et son application à un ‘’appel au sang’’ réclamé par une voix populaire qui gémit et plie sous le fardeau d’une situation financière, économique et sociale insoutenable », souligne Melhem Khalaf.

Paul Morcos ne place aucun espoir dans le pouvoir politique, qui n’a selon lui « aucun intérêt à accorder son indépendance à la justice ».

« La magistrature doit se doter elle-même d’une certaine autonomie », préconise-t-il.

Il propose l’élaboration par le Conseil suprême de la magistrature d’un code éthique et déontologique fixant des pratiques que les juges seraient appelés à respecter, comme par exemple un engagement de la part des membres de cette instance judiciaire suprême à ne jamais occuper un poste politique en fin de carrière.

Une mesure louable certes. Mais sera-t-elle suffisante pour soustraire la justice au clientélisme politique institué à tous les niveaux de l’État par le système confessionnel comme mode de gouvernance depuis des décennies ?

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Middle east eye / Lina Soualem

Un syndrome génétique rare a révélé à la réalisatrice et actrice Lina Soualem l’histoire croisée de ses ascendants, entre l’Algérie et la Palestine 

Je suis née avec des plaques rouges sur le visage et sur le corps. En forme d’archipels ou de grands continents. Une sorte de mappemonde personnalisée. On a dit à ma mère que c’était de l’eczéma. Mais elle a toujours su que c’était autre chose.

À 8 ans, on établit enfin un diagnostic : érythrokératodermie variabilis. C’est un syndrome rare à prédominance féminine, dû au hasard de la génétique. Il provoque, en plus de la peau sèche, l’apparition de plaques de sècheresse qui changent sans cesse de forme et de position. Une maladie au nom mystérieux, compliqué à prononcer, qu’il me plaît à l’époque de répéter à tout bout de champ, devant les yeux surpris et ébahis des autres enfants à l’école.

Sur mon corps se dessine une carte du monde, qui évolue au fil des saisons

Sur mon corps se dessine une carte du monde, qui évolue au fil des saisons. En hiver, les continents sont immenses, épais, rouges, le froid aggravant mon état. En été, les continents deviennent des archipels et disparaissent petit à petit, comme engloutis par l’océan.

Le soleil et la chaleur estivale me font du bien. Je guéris l’été. « Il faut vous installer dans un pays chaud et humide », m’ont souvent préconisé́ les dermatologues. J’ai toujours vécu à Paris. Loin de la chaleur et de l’humidité salvatrices.

À 15 ans, je consulte une dermatologue, spécialiste des maladies génétiques, à l’hôpital Saint-Louis à Paris. Alors qu’elle ausculte la carte du monde inscrite sur ma peau, elle me demande : « D’où viennent vos parents ? »

Je lui réponds que ma mère est une palestinienne née à Nazareth, en Galilée, et que mon père est né en France, de parents algériens originaires d’un petit village de montagne de l’est du pays, près de Sétif.

La dermatologue me demande s’il y aurait eu des croisements de migration entre les pays d’origine de mes familles paternelle et maternelle. La soupçonnant d’amalgames absurdes, je lui réponds que non, que la Palestine et l’Algérie sont très éloignées l’une de l’autre, que ce sont deux terres différentes, deux pays différents.

Elle me dit que parfois, ces maladies peuvent résulter d’un lointain croisement génétique. Face à ce que je perçois comme un manque de tact, je ne réponds rien. Je me sens vexée. Dans mon esprit de jeune adolescente, ça fuse. « Mais qu’est-ce qu’elle connaît de ces pays ? L’Algérie a sa propre histoire ! La Palestine aussi ! »

La famille Soualem en petite Kabylie (avec l’aimable autorisation de Lina Soualem)

Bien sûr, face à la dermatologue, je reste silencieuse, souriante et polie. Une fois sortie, je m’empresse de raconter l’anecdote à mes amis. Tous sont d’accord avec moi. On se moque ensemble de l’ignorance de la spécialiste de Saint-Louis. Cette anecdote, je l’ai racontée longtemps. Elle marque l’originalité́ de ma condition épidermique.

L’Histoire me rattrape

En grandissant, je maîtrise de mieux en mieux les diverses cartes du monde qui se dessinent sur mon corps. Érythrokératodermie variabilis ne m’impressionne plus. Je lui offre du soleil, autant que possible, et beaucoup de beurre de karité et d’huile d’argan.

Depuis toute petite, je voyage en Galilée tous les ans pour voir ma famille maternelle palestinienne. Je découvre l’Algérie à l’âge de 21 ans, j’y retourne plusieurs fois. J’y visite le village de mes grands-parents. Je ne fais pas de parallèles, je ne fais pas d’amalgames. Ce sont deux terres distinctes.

Un Algérien a peu de chances d’aller en Palestine, dont les frontières sont contrôlées par l’armée israélienne. Un Palestinien a peu de chances d’aller en Algérie, du fait des restrictions de mouvement et de voyage qui s’imposent à lui.

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Au-delà du lien idéologique entre les peuples palestinien et algérien, symboliquement proches car marqués par une histoire de résistance au colonialisme, il n’existe pour moi pas de lien tangible entre ces deux terres qui me composent. Seulement une distance géographique, kilométrique, précise et calculable.

J’ai 29 ans quand, des années après ma rencontre avec la dermatologue, l’Histoire me rattrape pour m’inscrire en son sein. Je reçois sur Facebook une invitation à un événement.

Je clique et lis : « Séminaire : Algériens de Palestine / Palestiniens d’Algérie : Une histoire croisée ».

Une histoire croisée ? Je suis d’emblée intriguée. Je n’ai qu’une hâte, aller à ce séminaire. Une fois là-bas, je ne connais personne. Je m’installe sur une des chaises au premier rang. Les yeux écarquillés, je fixe l’intervenant face à moi, un étudiant en master d’histoire à l’École des hautes études en sciences sociales.

Je le scrute. Je me demande comment il va pouvoir justifier cette connexion qu’il prétend avoir trouvée entre les deux pays qui se lient dans ma chair. J’attends, impatiente.

Il commence alors à présenter son travail de recherche en racontant qu’au XIXe siècle, quelques milliers d’Algériens ont émigré en Palestine. Ils fuyaient l’occupation coloniale française de leur pays. Il précise que la plupart de ces Algériens venaient de la Kabylie, des monts du Djurdjura, de la région de Tizi Ouzou et de l’Est algérien.

Ils se sont installés dans le département palestinien de Galilée, éparpillés dans une centaine de maisons et une dizaine de villages. Ils vivaient de la culture de légumes et de fruits, de la plantation d’oliviers ainsi que de l’élevage, comme ils le faisaient dans les montagnes de Kabylie.

Lina Soualem, enfant, en Galilée (avec l’aimable autorisation de Lina Soualem)

Ils y perpétuaient leur langue, le tamazight, qu’ils transmettaient à leurs enfants. Certains de ces Algériens qui ont vécu en Galilée, retrouvés par l’étudiant, lui ont confié que s’ils avaient décidé de s’installer dans cette région de la Palestine, c’était parce que les montagnes de la Galilée leur rappelaient les montagnes de la Kabylie.

Face à ces découvertes, je suis abasourdie, fascinée, captivée. Alors que je regarde la carte que l’étudiant dévoile sur sa présentation PowerPoint, je reste bouche bée. Ces Algériens se sont installés principalement à Safad et à Tibériade. À Safad, un quart de la population était algérienne. Certains Algériens étaient tellement intégrés à la vie locale qu’on ne pouvait plus les distinguer des Palestiniens.

Je suis émerveillée. Mon arrière-grand-mère paternelle, Fatima, était de Tizi Ouzou, en Kabylie. Mes grands-parents paternels sont nés dans le petit village de Laouamer près de Sétif, dans l’Est algérien. Mon arrière-grand-mère maternelle, Aïcha, est née à Safad, en Palestine, puis s’est mariée à quelques kilomètres de là, à Tibériade, où elle a eu neufs enfants avec son mari, Hosni Tabari. Aïcha et Hosni Tabari, portaient le nom de leur ville, Tabariya (Tibériade en arabe).

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Je repense à cette dermatologue de l’hôpital Saint-Louis. Elle avait raison ! Il y avait donc eu des croisements de migration. Mes parents porteraient alors un gène commun remontant à cette migration croisée. Ce gène serait la cause de ma maladie génétique.

Tout à coup, érythrokératodermie variabilis cesse d’être un mystère, les cartes du monde qu’elle forme sur ma peau ne sont plus une intrigue. Je dispose enfin des clés pour les déchiffrer.

Alors que la conférence touche à sa fin, j’ai envie de lever la main, de parler de mon problème de peau, de montrer que cette histoire croisée est plus que réelle, qu’elle est ancrée dans mon épiderme.

J’ai envie que l’étudiant m’interpelle et me dise : « Vous ! J’ai l’impression que vous avez quelque chose à nous raconter ». Mais bien sûr, le cœur battant, je ne dis rien, je reste dans l’anonymat. Je ne suis qu’une des multiples histoires intimes de cette grande Histoire.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Texte publié originellement sous le titre « Une cartographie de mondes parallèles » par le fanzine participatif divine en mai 2020.

  • Lina Soualem
  • Lina Soualem est une réalisatrice et comédienne, née et basée à Paris. Après des études d’histoire et de sciences politiques à l’Université de la Sorbonne, Lina débute dans le journalisme pour finalement se diriger vers le cinéma, cherchant à combiner ses intérêts pour le cinéma et l’étude des sociétés arabes contemporaines. Elle a notamment travaillé en tant que programmatrice pour le Festival international de cinéma des droits de l’homme de Buenos Aires en Argentine et le festival Palest’In & Out à Paris. Son premier long métrage documentaire, Leur Algérie, a été sélectionné en première mondiale à Visions du Réel 2020. En tant que comédienne, Lina a joué dans trois longs-métrages des réalisatrices Hafsia Herzi, Hiam Abbass et Rayhana. Aujourd’hui, elle développe son second projet de long-métrage documentaire et travaille en tant qu’auteure et assistante-réalisatrice sur des projets de fictions, séries et documentaires.

]]> https://canadavoice.info/algerie-palestine-cette-histoire-croisee-ancree-dans-mon-epiderme/feed/ 4246 The abandoned harvests of 1948: Palestinian farmers remember the Nakba https://canadavoice.info/the-abandoned-harvests-of-1948-palestinian-farmers-remember-the-nakba/ https://canadavoice.info/the-abandoned-harvests-of-1948-palestinian-farmers-remember-the-nakba/#comments Fri, 15 May 2020 03:25:03 +0000 https://www.canadavoice.info/?p=27848 In 1948, as Palestinians faced what would be known as the ‘catastrophe’, farmers endured destruction, loss, exile and death

Mddleeasteye / By Fareed Taamallah in al-Amaari refugee camp, occupied West Bank

Life wasn’t easy for Palestinian farmers under the British Mandate. But in 1948, their lives were turned upside down.

  • Lost land: Nakba survivors recall rural struggle in Mandate-era Palestine

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For over three decades, between 1917 and 1948, Britain ruled over Palestine. While the McMahon-Hussein correspondence during World War I formally promised Arab independence across the region, including for Palestine, the British government vowed in the Balfour Declaration of 1917 to establish a national home for the Jewish people in Palestine.

Throughout the Mandate, the British faced resistance from both Palestinians and Zionist militias – as the latter rejected Mandate policies seeking to slow down the influx of Jewish immigrants, and progressively became more aggressive in seeking to create their own state.

On 15 May 1948, Britain withdrew its forces from Palestine, and Zionist leadership declared the establishment of a state of Israel, ramping up the ongoing process of the ethnic cleansing of Palestinians.

Palestinians were taken by surprise by the British decision. After 30 years of brutal British repression, they found themselves without unified leadership, unorganised, and largely unarmed against Zionist paramilitary groups seeking to establish control.

The subsequent killing of some 15,000 Palestinians, the destruction of at least 530 villages and towns, and the forcible displacement of around 750,000 Palestinians from their homes would pave the way for Israel to claim large swathes of land as its own.

While Israelis commemorate Independence Day on 15 May, for Palestinians the events of 1948 and beyond are known as the Nakba – or “catastrophe”.

Survivors who spoke to Middle East Eye recalled their memories of escape from massacres and destruction and the difficult transition to uprooted lives as refugees.

Abandoned harvests

For the three-quarters of Palestinians at the time living in rural areas in particular, the Nakba upended life as they knew it.

The British retreat and subsequent ethnic cleansing of Palestinians coincided with the harvest season, the loss of which for farmers would have been a calamity in itself.

Khadija al-Azza, 88, recalled the moment when Zionist militias attacked her village, Tell al-Safi.

“It was mid-summer, and the farmers had already piled the wheat on the threshing floor when Jewish armed gangs attacked the village, killing many farmers,” she said. “Terrified villagers fled and left the heaps of wheat unthreshed. We thought that we would return to thresh it.”

Saeed Dandan, fled Tiret Dandan in 1948. He spoke of his memories of the Nakba in 2019 in Balata refugee camp (MEE/Skip Schiel)

Saeed Dandan, 87, shares similar memories of the moment when his village, Tiret Dandan, was occupied.

“It was the third day of Ramadan when Jewish militiamen raided our village,” he said. “The villagers were about to harvest their corn but were forced to flee. We left our sheep behind and never retrieved them.”

Many displaced farmers tried to sneak back into their villages to salvage whatever crops, livestock or goods they could from their abandoned homes. But to do so was to run the risk of getting shot by Zionist militias. Some farmers succeeded. Others found their villages destroyed. Others still were shot dead.

Zakia Hamad, 91, was among those who fled the village of Saris, west of Jerusalem, for nearby Beit Susin.

“The villagers infiltrated into Saris at night in order to harvest their crops,” she said. “They would reap them at night and go back to Beit Susin to sleep during the day.

“They winnowed and pounded the grains with their hands inside their homes because if the Jews saw them, they would shoot.”

Mustafa Abu Awad, 83, was a child when his village of Sabbarin near Haifa was attacked by militias on 12 May 1948.

“After 10 days, I tried to return with my older brother and arrived at the nearby village of Umm al-Shouf,” he recalled. “We found our village surrounded by (Zionist) gangs and saw 13 of my fellow villagers dead. We couldn’t enter the village so we turned back around. We thought that it was a matter of days before Arab armies would reclaim our village and we could return home.”

An uneven fight

Left to their own devices, Palestinians set up local defence committees in every village, equipped only with old guns carried by untrained farmers. Farmers sold their harvests and women parted with their jewellery in order to buy weapons to protect themselves.

But for the most part, their efforts were no match for the Zionist militias seeking to push them out. News of the Deir Yassin massacre – during which more than 100 villagers were killed on 9 April – spread quickly among Palestinians, sowing fear and playing a decisive role in convincing many people to flee before they met the same fate.

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“Villagers heard of the massacre in the nearby village of Deir Yassin, and feared murder and the rape of women,” recalls Shaker Odeh, 87, from the village of al-Maliha. “My father asked my sisters and my mother to leave the village and since I was a child, I followed them to Beit Jala. That same night, my father joined us after al-Maliha was occupied by Zionists.”

Odeh recounted the capture of Maliha thusly: “When the Zionists attacked Maliha, there were few (Palestinian) fighters, armed only with old Egyptian rifles. Each fighter only had five bullets, some of which were not suitable for use, in addition to being extremely expensive (half a Palestine pound). They tried to defend the village, but they couldn’t stand their ground.”

The decision to leave their homes was extremely difficult, one that families did not take unless they felt no other options remained.

But many Palestinians thought the situation would be temporary, only the matter of a few days. As a result, most fled to places close to their villages, carrying few belongings and supplies.

Shukria Othman, 86, said her father was shot dead near the family home during the attack on the village of Lifta.

“My eldest brother decided that we should leave immediately, like most of the other villagers,” she said. “But one of the farmers, Abu Rayya, didn’t leave as he wanted to stay on his farm where he had planted okra and beans. Then the (Zionist) gangs came and slaughtered him.

“We left in a hurry, taking only two mattresses and two blankets,” she recounts with sorrow. “We left behind jars of olive oil and our chickens. All our belongings and supplies were left behind as we believed that we would return in a few days”.

The road of exile

Like many others, Azza’s journey into exile after the attack on Tell al-Safi on 9 July 1948 was extremely difficult and involved repeated displacement.

Palestinians flee the village of Qumiya during the Nakba in 1948 (Archive/Palestine Remembered)

“We left on foot, carrying nothing with us. After walking one day and one night, we got to the village of Ajjur, where farmers kindly received us in their homes,” she said. “We spent three days there, then the Zionist gangs attacked Ajjur and we fled to the east.

“We walked for two days without water until we reached Beit Jibrin.”

They remained in Beit Jibrin for a few months until that village was also attacked by Zionist militias in October 1948.

There, Palestinians and their Arab allies fought back for many days.

“The Zionist militias bombarded the town with artillery and warplanes, forcing people to flee towards caves in the hills. They entered the town from the west and we fled from the east. We walked for five days and five nights until we arrived in Hebron,” Azza added.

Maryam Abu Latifa, 91, recalls a similarly harrowing escape from the village of Saraa, west of Jerusalem, in July 1948. Villagers tried to defend their homes, but couldn’t; so they escaped in the middle of the night towards nearby hills.

“I locked the door of my home and left, but then I remembered I had left behind my six-month-old baby Yassin,” she said. “So I returned to the house to get him and ran towards the hills in the dark.”

The residents of Saraa sheltered under trees for days, hoping to come back home. But after two weeks, Israeli paramilitary groups arrived with bulldozers and razed the village under their eyes, Abu Latifa said. The villagers lost all hope of return and left on foot for Beit Nattif – a village that would also end up being turned into rubble a few months later.

Yearning for return

After fleeing from one village to another, displaced farmers found themselves in refugee camps, where their agricultural knowledge and experience were no longer useful.

In order to make a living, most had to take on new lines of work.

“After the Nakba, some refugee farmers in the Qalandiya camp worked as construction labourers in nearby areas,” Hamad said. “Others worked as guards at the Qalandiya airport, others as tourist guides.”

Turning rooftops into gardens in a Palestinian refugee camp

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As Palestinian refugees have been born, lived, and died for over 70 years in camps made of concrete, they have slowly lost much of the agricultural knowledge that had previously been passed down from generation to generation.

The Nakba resulted not only in the physical displacement of the farmers, but also in the loss of parts of their identity, of their ties to the land.

As 2020 marks 72 years since the beginning of the Nakba, survivors still yearn to return home and cultivate their fields.

Azza, who now lives in the al-Amaari refugee camp near Ramallah in the occupied West Bank, still bemoans the heap of wheat that was left unthreshed.

“I wish the time will come when I will be able to return and die in my hometown,” she said.

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Middleeasteye/Ghada Karmi

If Israel goes ahead with annexation, it will mean the definitive end of the two-state solution, and leave the current single state as the only reality

On 15 May it will be 72 years since Israel’s establishment and the Palestinian Nakba it led to.

The consequences of this seminal event for Palestinians have been with us to this day: six to eight million refugees dispersed in camps or in exile inside and outside the original homeland; a previously whole country now fragmented into a series of territories ruled by Israel but of unequal status; and what looks like a grim future.

None of this was inevitable. Had it not been for the protected status accorded to Israel by Western states that has shielded it from sanction no matter what it did, the course of Palestine’s modern history would have been wholly different.

An exceptional state

That exceptionalism has existed from the time of the Balfour Declaration in 1917 which led to the creation of the Israeli state in 1948. The Zionist project behind the establishment of Israel and its subsequent policies was consistently encouraged and supported by Western powers.

  • If Israel had been a normal state, it would not have been allowed to expel the natives of Palestine, refuse their return, acquire their territory by force, or subjugate and besiege them

If Israel had been a normal state, accountable for its conduct and subject to punishment and sanction, it would not have been allowed to expel the natives of Palestine, or refuse their return, or acquire their territory by force, or subjugate and besiege them, or the myriad other crimes it has committed against them.

There would have been no Nakba to commemorate on 15 May and no refugees, and Gaza would be free.

Thanks to Western indulgence, however, today Israel is a regional superpower, invincible on the world stage, and wielding power and influence far beyond its size and capabilities. There is little doubt that Israel only attained this dominant position through the guaranteed impunity from sanction it enjoys.

As the experience of Israel’s 72 years of existence has shown, no infringement of international law, egregious crime against defenceless Palestinians, or even disloyalty to its American patron has succeeded in eroding this impunity.

The appropriate response

There were times in the history of the conflict when international outrage at Israel’s behaviour could have sparked an appropriate response.

The dire situation of Gaza is a case in point: a draconian, purposeless, 13-year old siege that violates every aspect of human rights; Israel’s repeated military assaults on Gaza’s helpless population, the worst in 2014; and the Israeli sniper fire against unarmed Gaza protesters, that have prompted questions about Israeli war crimes.

  • There were times in the history of the conflict when international outrage at Israel’s behaviour could have sparked an appropriate response

An international community determined to bring Israel to heel could have countered these abuses in many ways. World markets could have been closed to Israeli settlement produce, relations with Israel suspended, past agreements with it reviewed or not renewed, and, in the last resort, economic or diplomatic sanctions imposed.

Yet, apart from verbal censure and exhortations to amend its behaviour, Israel has suffered no ill effects. By contrast, Russia’s 2014 “annexation” of Crimea, not agreed by everyone as annexation, was unequivocally rejected and condemned. The US and EU punished Russia for its “illegal invasion and annexation” by imposing restrictive and wide-ranging sanctions, still in force.

End of special impunity?

Might these sanctions become a precedent for similar action against Israel’s proposed West Bank annexation? And could that mark the beginning of the end of Israel’s special impunity?

The plan recently announced by Israel’s unity coalition government aims to initiate the process of annexing the Jordan Valley and the 128 Jewish settlements on 1 July.

A Palestinian woman argues with a member of the Israeli occupation forces as they disperse a demonstration outside the Damascus Gate in the Old City of Jerusalem on 15 May 2018 (AFP)

That amounts to 30-40 percent of the West Bank, which, after annexation, will become subject to Israeli sovereignty. This has elicited international opposition, but in reality, it will make little difference.

The actual status of these areas, which have been administered under Israeli civil law, and regarded as de facto part of Israel since 1967, will hardly change.

Despite that, the Palestinian president has threatened to tear up all agreements with Israel and America if the annexation goes ahead. An advertisement in Israeli newspapers last month signed by 220 retired Israeli army generals and security officials called for blocking the plan.

The EUArab League, and Egypt and Jordan, the two Arab states which have peace treaties with Israel, have all condemned it.

Eleven members of the US Congress have called on Israel to halt the annexation. In an unprecedented move, the US House of Representatives passed a resolution opposing Israel’s West Bank annexation.

A step too far

As against that, Israel’s 53 years of occupation of the 1967 territories has been tolerated by the international community, but this latest move seems a step too far.

It is true that annexation was outlawed by the UN Charter in 1945, and the “inadmissibility of the acquisition of territory by force” was the basis of Security Council Resolution 242 which is still on the statute books.

Netanyahu’s annexation plan will kill Israel

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Annexation will also starkly expose the apartheid system Israel operates in the Palestinian territories. In the past Israel has always managed to camouflage its most egregious crimes by clever PR, but such flagrant breaches of international law cannot be disguised.

They demand a response. Without it, the West, the Arab states, and the Palestinian leadership will be glaringly exposed as toothless weaklings. In a long history of capitulation to Israel’s wishes, even they fear they cannot allow this annexation to pass, if only to save face.

Does that mean they will sanction Israel, as has happened with Russia? On past evidence it is unlikely, and Israel will still manage to find a formula to mollify their opposition.

On the other hand, if Israel goes ahead with the annexation plan, it might not be a bad thing for the Palestinians. It will mean the definitive end of the two-state solution, and leave the current single state as the only reality.

The Jewish Israelis and Palestinians who live there are now unequal. But with more Palestinians demanding equal citizenship in the annexed areas, as Daniel Pipes, ardent US supporter of Israel, fears, that will change.

And the Nakba commemoration this month might well be the last.

The views expressed in this article belong to the author and do not necessarily reflect the editorial policy of Middle East Eye.

  • Ghada Karmi
  • Ghada Karmi is a former research Fellow at the Institute of Arab and Islamic Studies, University of Exeter. She was born in Jerusalem and was forced to leave her home with her family as a result of Israel’s creation in 1948. The family moved to England, where she grew up and was educated. Karmi practised as a doctor for many years working as a specialist in the health of migrants and refugees. From 1999 to 2001 Karmi was an Associate Fellow of the Royal Institute of International Affairs, where she led a major project on Israel-Palestinian reconciliation.

]]> https://canadavoice.info/will-the-world-finally-stand-up-to-israel-over-west-bank-annexation/feed/ 3221 Liban : un tournant violent pour l’acte II de la thawra   https://canadavoice.info/liban-un-tournant-violent-pour-lacte-ii-de-la-thawra/ https://canadavoice.info/liban-un-tournant-violent-pour-lacte-ii-de-la-thawra/#comments Sun, 03 May 2020 08:39:00 +0000 https://www.canadavoice.info/?p=26949 Alors que le confinement lié au coronavirus vient porter le coup de grâce à une économie exsangue, la contestation s’amplifie au Liban sous une forme plus agressive

Mddle east eye / Par Hugo Lautissier – BEYROUTH, Liban

Routes bloquées, affrontements avec l’armée, le « retour à la normale » promis avec le déconfinement progressif entamé cette semaine est avant tout un retour à la rue pour de nombreux manifestants libanais.

Cette semaine, Tripoli, la grande ville du Liban-Nord, s’est embrasée à nouveau. Des centaines de manifestants ont convergé vers le centre-ville, à partir de lundi soir, et ont visé les banques ainsi que l’armée à l’aide de pierres et de cocktails Molotov. Réprimés par la force, les heurts ont provoqué la mort d’un manifestant, un mécanicien de 26 ans, Fawaz Saman.

La « fiancée de la Révolution », comme on la surnomme depuis le début du mouvement de contestation né en octobre dernier, est la ville la plus pauvre du Liban. Trente-six pour cent de ses habitants vivaient sous le seuil de pauvreté avant les mesures de confinement adoptées pour éviter la propagation du nouveau coronavirus dans le pays, qui compte à ce jour 725 cas et 24 décès.

Les événements survenus à Tripoli viennent parachever une période de haute tension, marquée par des manifestations aux quatre coins du pays : des émeutes dans le Akkar, la région du nord frontalière avec la Syrie, ainsi que dans la ville côtière de Saïda et dans la plaine de la Bekaa.

« Les activistes mettent le gouvernement en garde depuis la fin de l’année dernière : si l’État libanais continue d’ignorer les demandes des manifestants, ces derniers devront changer de stratégie », observe Lara Bitar, rédactrice en chef du média en ligne The Public Source, lancé en début d’année.

« Les habitants de Tripoli et d’autres localités sont engagés dans un processus d’auto-défense, en réponse à la violence économique qui s’abat sur eux depuis plusieurs années », estime-t-elle.

  • « Les habitants de Tripoli et d’autres localités sont engagés dans un processus d’auto-défense, en réponse à la violence économique qui s’abat sur eux depuis plusieurs années »
– Lara Bitar, rédactrice en chef de The Public Source

Le 9 mars dernier, le gouvernement annonçait le premier défaut de paiement de son histoire, suivi, deux jours plus tard, par la mise en place des mesures de confinement.

Depuis, la situation économique, déjà mauvaise, s’est dégradée à une vitesse stupéfiante. Alors que le dollar s’échangeait encore à hauteur de 1 500 livres libanaises il y a six mois, il faut désormais compter 4 200 livres pour un billet vert.

Une dépréciation qui se répercute sur le coût de la vie, avec une flambée des prix de l’ordre de 55 % d’après le ministère de l’économie.

Dans le même temps, le confinement a provoqué un chômage de masse dans des proportions qu’il reste difficile à quantifier pour l’instant.

« La stratégie pacifiste n’est plus dans les esprits »

Que restera-t-il du mouvement pacifiste des premiers mois ? Face à la rapide détérioration des conditions de vie des Libanais ces dernières semaines et au peu d’acquis politiques engendrés par le mouvement de contestation depuis le mois d’octobre, l’heure ne semble plus aux regroupements festifs et bon enfant.

La fin de l’année dernière avait déjà vu le développement de formes plus virulentes de désobéissance civile, avec une succession de manifestations violentes dans le centre-ville de Beyrouth, aux abords du Parlement et devant le siège de la Banque du Liban.

L’armée libanaise est déployée dans la ville de Saïda, le 27 avril 2020 (AFP)

« La différence principale avec la thawra [révolution d’octobre], c’est que désormais, les gens se battent littéralement pour leur survie », commente Nadim El Kak, chercheur au Centre libanais d’étude politique (LCPS).

« La dégradation récente de la situation économique fait émerger une tendance plus agressive de la mobilisation, qui est assez courante dans ce genre de mouvements reposant sur des dynamiques de classes assez fortes », analyse-t-il pour Middle East Eye.

Pour le chercheur, les appels à manifester de manière pacifiste ne font pas le poids face à une élite politique qui joue sa survie.

« Les gens s’aperçoivent que l’approche pacifiste qui a prévalu jusqu’alors n’a pas mené aux changements espérés. Finalement, la classe politique ne voit pas d’inconvénients à ce que les gens se réunissent pacifiquement sur les places, tant qu’elle n’est pas attaquée frontalement.

  • « La dégradation récente de la situation économique fait émerger une tendance plus agressive de la mobilisation […] Les gens s’aperçoivent que l’approche pacifiste qui a prévalu jusqu’alors n’a pas mené aux changements espérés »
– Nadim El Kak, chercheur au LCPS

« Je pense que les manifestants sont conscients que la violence n’est pas la solution, mais ils ressentent une urgence à agir et la conviction qu’il est temps de changer de stratégie », ajoute-t-il.

Chloé Kattar, doctorante en histoire à l’Université de Cambridge, abonde en son sens.

« Il est clair que la stratégie pacifiste n’est plus dans les esprits pour cette deuxième vague et que ces derniers jours à Tripoli ont démontré une volonté collective d’avoir recours plus directement à la violence », indique cette observatrice assidue de la mobilisation sur Instagram sous le pseudonyme leb.historian.

« Mais la stratégie pacifiste était nécessaire pour faire naître le mouvement, elle a eu des bénéfices indéniables car elle a rassemblé des groupes sociaux et politiques divers », déclare-t-elle à Middle East Eye

Elle a aussi conduit à la démission de l’ancien Premier ministre Saad Hariri et fait pression en faveur de la formation d’un gouvernement de technocrates, note-t-elle. « Ces bouleversements sont quasiment inédits dans l’histoire politique immédiate [du Liban]. »

Récupération politique

Pour répondre aux besoins des populations les plus fragilisées, le gouvernement a annoncé, à la fin du mois de mars, la mise en place d’un plan d’aide sociale d’urgence de 12 milliards de livres libanaises réparti parmi 100 000 familles dans le besoin.

Une mesure jugée toutefois insuffisante par de nombreux observateurs, alors que 45 % de la population vit désormais sous le seuil de pauvreté, selon des estimations officielles.

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En l’absence de réponse adaptée du gouvernent, la carte de la récupération politique par les partis traditionnels fait recette, notamment à travers la distribution d’aide alimentaire et sanitaire le long de lignes essentiellement confessionnelles.

Nadim El Kak réfute toutefois l’idée d’un sectarisme qui serait endémique au pays du Cèdre.

« Il y a un amalgame récurrent qui est fait lorsque l’on parle de sectarisme au Liban. C’est la pauvreté qui mène les gens à retourner vers les partis traditionnels, et non pas un sectarisme qui serait propre à la culture libanaise », développe le chercheur.

« Le problème est avant tout socio-économique. Cette crise est l’occasion rêvée pour les partis traditionnels de reconstruire leur réseau clientéliste, qui est leur moyen de survie en l’absence d’un État fort, capable de répondre aux besoins de la population. Pour empêcher les gens de retourner à ces logiques sectaires, encore faudrait-il qu’il existe une alternative. »

Dans la foulée des manifestations à Tripoli, le Premier ministre Hassan Diab a appelé les contestataires à « barrer la route à ceux qui tentent de kidnapper leur révolution » et évoqué « l’existence d’intentions malveillantes en coulisse pour mettre à mal la stabilité sécuritaire », pointant du doigt, sans le nommer, l’ancien Premier ministre Saad Hariri, dont le parti, le Courant du Futur, est fortement représenté à Tripoli et Saïda.

En fin de semaine dernière, ce dernier avait pour sa part accusé le gouvernement Diab de mettre en place un « coup d’État ».

« La différence principale avec la révolution d’octobre, c’est que désormais, les gens se battent littéralement pour leur survie », selon le chercheur Nadim El Kak (AFP)

« La fragmentation politique du mouvement contestataire est un piège potentiel », prévient Chloé Kattar.

« Il faut continuer à éclairer sur les dangers de ces théories du complot qui accusent toute forme de contestation d’être le résultat de manipulations par les partis politiques »
– Chloé Kattar, doctorante à l’Université de Cambridge

« Il faut continuer à éclairer sur les dangers de ces théories du complot qui accusent toute forme de contestation d’être le résultat de manipulations par les partis politiques », juge-t-elle.

« Ces tentatives existent peut-être, mais la crise a des raisons structurelles qui en font un phénomène bien plus complexe, et les difficultés socio-économiques vécues par certaines sections de la population suffisent, à elles seules, à expliquer le regain du mouvement contestataire. »

Jeudi après-midi, le gouvernement a annoncé avoir adopté un plan de relance économique qualifié d’« historique » par le président Michel Aoun.

Les réformes prévues comprennent des coupes dans les dépenses publiques et une restructuration de la dette de l’État, qui s’élève à environ 170 % du PIB. Le Liban s’apprête également à demander l’aide du Fonds monétaire international (FMI), a annoncé jeudi soir le Premier ministre Hassan Diab.

Alors que les manifestations du 1er mai, jour de la fête du Travail, s’annoncent massives, la plupart des organisations et activistes piliers de la mobilisation du 17 octobre ont décidé de s’abstenir de toute participation. Ils affirment ne plus se reconnaître dans les moyens d’action de cette nouvelle vague de contestation, qu’ils jugent téléguidés par des forces politiques.

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